Note de l’auteur, 2

Pour écrire le livre, je constitue une bibliographie que je ne consulte pas. Il s’agit d’ouvrages que je connais, que j’ai déjà lus (en totalité ou en partie) et il me suffit de les sentir près de moi pour l’instant. Quand je reprendrai l’ouvrage, quand il me semblera que j’aurai fini la première écriture, il sera temps pour moi de les relire, sans doute pour approfondir quelque chose que je n’aurai pas suffisamment développé, pour préciser un aspect que j’aurai laissé de côté, ou bien au contraire pour tout reprendre à zéro. Ce qui précède est une façon de dire que j’écris comme quelqu’un qui s’assoit au piano et joue, compose une pièce. La première exécution qu’il donne de la pièce n’est certainement pas la version définitive, mais il commence ainsi dans l’instant l’élaboration de quelque chose qui demandera du temps, il compose dans une forme d’immédiateté de l’écoute. Bien sûr, cette immédiateté est toute relative dans la mesure où il joue, il compose avec tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a déjà écouté, tout ce qu’il a joué auparavant, tout ce qu’il a déjà appris. Mais il ne joue pas en y pensant, il ne joue pas en s’y référant explicitement : il ne se laisse pas porter par ce qu’il sait, il ne se laisse pas emporter par ce qu’il sait, mais ce qu’il joue se situe pour ainsi dire sur la crête ou à la cime de la somme de toutes ses expériences. En jouant, en jouant et en composant, il est la somme de toutes ses expériences, mais il est quelque chose de plus : ce que, précisément, il est en train de composer. Au cours d’un entretien avec Jean-Yves Boisseur qui lui demandait comment il travaillait harmoniquement, Morton Feldman avait répondu : « Vous connaissez l’expression “jouer d’oreille” ? Vous savez, ces gens qui s’assoient à un piano et… Moi, je compose d’oreille, voilà. Boulez, dit-on, ne s’intéresse pas nécessairement à la manière dont une œuvre sonne ; il met plutôt l’accent sur la construction d’une œuvre. Moi, je m’intéresse seulement à ce que je perçois. » Je crois que la façon dont Feldman marque sa différence avec Boulez est exagérée (quand il dit qu’il s’intéresse seulement à ce qu’il perçoit, c’est évidemment une simplification), mais l’idée clef est là : dans la perception, c’est-à-dire non pas dans l’élaboration de quelque chose d’éminemment complexe pour le plaisir de construire quelque chose d’éminemment complexe qui va impressionner le public, mais dans la construction de quelque chose qui se trouve à la pointe de toutes les expériences que l’on a faites, qui les exprime et les dépasse simultanément. L’attention dont Feldman parle est semblable à la façon dont j’ai l’impression d’écrire en ce moment : l’exigence de ne pas me relire pour être immergé dans ce que j’écris, pour ne pas surpenser, surinterpréter, surécrire, mais pour simplement écrire, avancer dans la masse du langage dans la totalité du langage au milieu duquel je me trouve et voir jusqu’où il m’est possible d’aller. Si la construction était là, devant moi, avant même que j’ai commencé à écrire à proprement parler, comment ne me sentirais-je pas paralysé, impuissant, incapable de continuer suffisamment longtemps pour remplir le cahier des charges ? J’écrirais comme un fonctionnaire des Lettres françaises. En revanche, en ce moment, il me semble que je perçois confusément où je veux en venir et cette perception confuse m’est suffisante en ce qui concerne le dessein général dans la mesure où ce que je dois m’efforcer de clarifier au maximum, c’est le développement note à note, pour ainsi dire, de l’écriture. — Note aussi comment, quand tu réfléchis à ce que tu es en train d’écrire, tu penses plus à la musique qu’à la littérature. Comme si ton modèle était la musique et pas la littérature. Néanmoins, le modèle musical ne signe pas l’acte de décès de la littérature (ce qui m’a passionné chez Lars Iyer, soit dit en passant, c’est que je n’étais absolument pas d’accord avec lui), mais constitue par rapport à la littérature une source de vitalité, une manière de raviver la littérature pour la sortir du bain intellectuel dans laquelle elle pourrait se noyer après qu’on l’a sortie de la marre où pataugent ceux qui sont obsédés par la “littérature grand public” ou la “littérature de genre” (qui est à peu près tout ce qui s’écrit aujourd’hui) ou les deux. La seule esthétique possible pour moi est une esthétique à fleur de peau, une esthétique à l’oreille, une esthétique musicale (au sens où Feldman parle de la musique).

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Note de l’auteur

Aujourd’hui, j’ai commencé un nouveau livre, un nouveau roman pour être exact. J’en ai écrit quelque 55000 signes, 55729 characters (with spaces) comme me le dit exactement mon traitement de texte. Pour quelqu’un qui, la semaine dernière encore, googler how to beat writer’s block, ce n’est pas si mal que ça. Mais ce n’est pas ça qui importe. J’ai un titre (provisoire, Dieu merci). J’ai une vague idée de ce que je veux écrire, c’est-à-dire que j’ai une idée qui me semble bonne sans être trop précise et que j’avance en examinant cette idée. Pour examiner cette idée, je me suis fixé deux règles : écrire des blocs de 5000 signes, environ, et abandonner cette règle dès que la limite inférieure sera dépassée, mais jamais si la limite inférieure n’est pas atteinte (avec une marge de 10% en moins des 5000 signes). Et ne pas me relire. Ne pas me relire est la règle la plus importante. Je l’ai cependant enfreinte une seule fois, presque au tout début, simplement pour savoir si c’était lisible, pour savoir si je n’écrivais pas n’importe quoi. Je me suis dit si les premières lignes sont lisibles, alors je peux continuer comme ça. Jusqu’où je ne sais pas, mais le rythme, le phrasé est le bon, c’est le plus important pour commencer. Pour savoir si c’était lisible, ainsi, j’ai lu à haute voix les premières lignes du texte. Je me suis dit : c’est bien, je peux continuer. Non que cette première écriture soit la bonne, non que ce soit la dernière, non plus, évidemment non, ce ne sera pas la dernière, mais j’ai besoin de ne pas me relire pour ne pas perdre le vague de l’idée, pour construire la cohérence relative du texte au fur et à mesure que je l’écris. Ce n’est pas ce que je fais d’habitude. Par exemple, quand j’ai écrit Pedro Mayr, je lisais tout ce que je venais d’écrire plusieurs fois et plusieurs fois encore à chaque fois que j’avais un nouveau chapitre et j’avançais dans le texte avec ces relectures parce que je n’avais pas la moindre idée de ce que j’étais en train de faire. Je n’avais pas d’histoire avant d’écrire l’histoire. Pour les récits plus brefs, comme dans Le feu est la flamme du feu, ils viennent presque tous en une fois, un grand brouillon du texte et je relis tout à haute voix pour entendre si ça marche et savoir ce qu’il faut modifier : des détails infimes qui cassent le phrasé global du texte ou des passages ratés ou des phrases illisibles ou des contresens manifestes. Pour Des monstres littéraires, ce fut encore différent parce que j’ai écrit ce livre comme l’échec d’un roman que je n’étais pas parvenu à écrire parce que je ne voulais pas écrire un roman, parce qu’il fallait que j’invente plusieurs fictions avant d’écrire un roman ou quelque chose que je pourrais considérer comme tel. Les relectures ont servi à organiser le texte, la structure d’ensemble, à l’insérer dans un récit banal qui serait court-circuité à chaque nouveau récit, à déterminer enfin à quel point je m’étais écarté de l’idée du roman originelle et à trouver des échos de ce roman que seul moi peut entendre parce que, pour l’instant, personne n’a jamais lu les essais qui m’ont conduit à l’échec et à l’écriture des Monstres (je ne suis même pas certain de ne pas avoir tout effacé, mais cela m’étonnerait, je n’efface presque jamais rien). À présent, ce nouveau roman, que je ne relis pas à mesure que je l’écris pour une raison qui, contrairement à l’idée du roman, est assez précise : parce que je veux en quelque sorte baigner dans le roman, je veux être dans le roman. Or je sais que si je lis ce que j’ai écrit, je vais nécessairement objectiver le texte. Pour l’instant, même si je dis que je suis en train d’écrire un roman, je ne sais pas ce que c’est, je ne suis même pas sûr que ce soit un texte, ce ne sont peut-être que des phrases les unes à la suite des autres dont je vais m’apercevoir qu’elles n’ont aucun sens, je me dis simplement que j’ai commencé l’écriture d’un roman pour dire quelque chose, pour ne pas simplement dire que j’écris, je n’écris pas simplement, j’écris quelque chose de continu, qui va demander un certain temps, des efforts d’élaboration, et caetera. Si je lis ce que j’écris, je vais donner corps au texte, un corps qui sera un autre que le mien, il va vivre indépendamment de moi. Normalement, je n’écris pas non plus sur ce que je suis en train d’écrire parce que j’ai peur que ce que j’écris disparaisse si j’écris dessus, si je dis que j’écris, j’ai peur que le charme soit rompu. Mais ce n’est pas l’activité d’écrire sur ce que j’écris qui va rompre le charme, c’est plutôt de savoir ce que j’écris, de faire du texte une chose indépendante de moi, savoir ce que j’écris ferait du texte quelque chose d’autre que moi, alors qu’il ne le faut surtout pas, il faut que tout reste dans cet état de vague relatif pour que je puisse avancer, pour que je puisse éclaircir au fur et à mesure ce que je fais, pour que je puisse simplifier ou bien encore complexifier, pour que je puisse imaginer des scènes, en ajouter en supprimer, faire tout ce que je veux avec quelque chose qui n’existe pas encore indépendamment de moi, qui n’a pas de sens à être lu parce que ce n’est pas encore écrit. Même moi, dans ces conditions, je ne peux pas lire ce que j’écris. Ce n’est donc pas une règle, en fait, ce n’est pas une contrainte formelle que je me donne, c’est une nécessité littéralement aveugle, d’écrire dans un état d’aveuglement, d’avoir un minimum d’images mentales du texte à écrire pour l’écrire.

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Le feu est la flamme du feu

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Le feu est la flamme du feu, troisième et dernier volet des aventures qui ont commencé avec Des monstres littéraires et se sont poursuivies avec Pedro Mayr, paraîtra en mars 2017 aux éditions Actes Sud, dans la toujours fabuleuse collection « Un endroit où aller ». Ne me reste plus désormais qu’à écrire de nouvelles aventures…

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Cynique pas amer

Hier, Nelly m’a reproché d’être cynique et moi, je lui ai répondu que ce n’était tout de même pas de me faute si je voyais simplement un peu plus loin que l’immense majorité de la population. C’est ce que j’ai répondu à Nelly, mais je crois que, surtout, ce que je n’aime pas dans l’idée selon laquelle je pourrais être cynique, c’est le mot proprement dit, ou le cynisme, si l’on veut, parce que cela me rattacherait à un courant, une école, un mouvement, enfin quelque chose d’autre que moi-même, ce que, je crois, je ne supporte pas. La conversation portait sur l’un de ces petits cocktails qui se donnent à Paris aux alentours de la rentrée, et qui consiste à se féliciter d’être écrivain, éditeur, journaliste, attachée de presse, et caetera. Des gens dont c’est le métier ou bien les éditeurs eux-mêmes ou bien les journalistes eux-mêmes invitent des écrivains, des éditeurs, des journalistes, des attachées de presse, et caetera, à passer un moment ensemble pour se féliciter de vendre des livres, d’en vendre beaucoup, ou un peu moins, mais d’en vendre en tout cas, ou alors pour donner un prix dans l’espoir d’en vendre, des livres, encore plus, ce qui arrive quelquefois, mais pas tout le temps, ce n’est pas vrai, quelquefois il arrive qu’un livre reçoive un prix et qu’il ne se vende pas plus que ça ou bien que les chiffres de vente ne soient pas à la hauteur des espérances que ledit prix avait suscitées, oui, oui, cela arrive, cela m’est arrivé, par exemple à moi, de recevoir un prix pour un livre que j’avais écrit et de ne pas en vendre beaucoup — malheureusement. C’est ce que j’ai dit à Nelly, hier, après qu’elle m’a reproché d’être cynique, je le lui ai dit pour adoucir quelque peu l’idée que je voyais plus loin que l’immense majorité de la population dans la mesure où, c’est ce que j’ai dit à Nelly, oui, moi aussi, quand j’avais su que je recevrai un prix, j’avais dit que j’irai le chercher et que, effectivement, le jour quand on m’a remis le prix, je suis allé le chercher et, par conséquent, en cela, je ne diffère pas de ceux qui participent au petit cirque éditorial dont je disais du mal à Nelly avant qu’elle ne me reproche d’être cynique, non, je ne diffère pas d’eux, mais d’un autre point de vue, eh bien, oui, je diffère quand même d’eux parce que, moi, je suis allé chercher un chèque, je n’ai pas honte de le dire, un chèque qu’on me remettait, c’était donc vraiment un prix, je suis allé chercher ce chèque parce que, comme je ne vends pas beaucoup de livres, je ne gagne pas beaucoup d’argent et, donc, si quelqu’un me dit qu’il a beaucoup aimé mon livre et qu’il souhaite me le témoigner en me donnant de l’argent, je ne vais pas refuser, ce serait idiot. Peut-être, plus tard, si je vends beaucoup de livres, ou du moins suffisamment en tout cas pour ne plus me soucier des conditions de ma subsistance matérielle, ni de celle de Nelly, ni de celle de Daphné, peut-être qu’alors, je refuserais l’argent qu’on voudrait me donner pour me témoigner qu’on a aimé mes livres, mais en fait, je ne le crois pas, je crois que j’accepterais quand même l’argent qu’on voudrait bien me donner pour me témoigner qu’on aime mes livres. Bien sûr, je n’écris pas pour gagner de l’argent, bien sûr que non, si je faisais ce que je fais pour gagner de l’argent, je ferais autre chose, mais ce n’est pas cela que je voulais dire à Nelly, peut-être plus simplement que je ne supporte pas l’hypocrisie qui règne dans ces cocktails stupides où il ne se passe jamais rien d’intéressant, mais où l’on peut quand même boire à l’œil, ce qui, à l’occasion, peut valoir la peine de se déplacer, oui, mais à condition, bien sûr, d’être bien accompagné, sinon il vaut mieux rester chez soi et boire tout seul, cela vaut mieux que d’être entouré d’imbéciles qui ne comprennent rien à rien, mais sont simplement là où il sont pour se pincer les fesses et manger et boire à l’œil. Nelly a raison cependant, je crois, de dire que je suis cynique, non parce que je serais réellement cynique, je crois qu’elle-même ne pense pas que je sois réellement cynique, mais elle a raison quand même quand elle le dit dans la mesure où elle le dit parce que ce qu’elle veut dire, c’est que j’exagère et que j’en fais trop — c’est vrai. Mais tout de même on ne peut pas se contenter de constater que les choses sont comme elles sont et s’apercevoir que les choses comme elles sont sont complètement ridicules, qu’elles sont insupportables comme elles sont et faire comme si de rien n’était, ne rien dire jamais ni à personne, garder un silence qui jette le voile pudique sur la question, garder son quant-à-soi, le profil bas toujours aussi lâche et faible de celui qui garde toujours tout pour soi, qui ne dit jamais rien, surtout ne pas faire de vague, surtout ne rien dire alors que tout le monde sait que c’est ridicule et que c’est insupportable alors que tout le monde sait que, dans la plus large des mesures possibles, la vie en société est ridicule et insupportable, précisément parce qu’elle consiste à ne rien dire du tout, à être là où il convient que l’on soit, à faire comme tout le monde, à accepter des comportements qui, pris isolément, bien sûr, ne sont pas inacceptables, n’ont rien de dégoûtant ni d’abject, bien sûr que non, mais qui, mis bout à bout, pour ainsi dire, les uns à la suite des autres, au cours de toute une vie, deviennent parfaitement insupportables et intolérables à un individu relativement sain d’esprit, mais voilà, justement, les individus sains d’esprit se sont tellement compromis dans la vie en société, qu’ils n’ont plus l’ombre d’un esprit, plus rien, que du vent, un petit courant d’air qui leur passe par la tête, rentre par une oreille ou une narine et ressort par une autre oreille ou une autre narine. Les individus qui étaient tout d’abord sains d’esprit ne le sont plus du tout et, désormais, se comportent comme des personnages ridicules et insupportables d’une farce mal écrite que tout le monde supporte parce que c’est le seul moyen de supporter une vie qui, autrement, serait absolument vide, vide de tout, de tout espoir, de toute raison de continuer de vivre. Est-ce penser cela fait de moi quelqu’un de cynique ? Non, je ne le crois pas. Comme je l’ai dit à Nelly après qu’elle m’a reproché d’être cynique, c’est tout bonnement que je vois un peu plus loin que l’immense majorité de la population et qu’est-ce que je peux y faire moi, si c’est ainsi que je suis fait, vais-je me taire tout le temps, sourire poliment, ne pas faire de vague, jamais, garder le profil bas, toujours, toute ma vie durant ? Je ne l’ai pas dit à Nelly, hier, mais je le lui ai dit une autre fois, peut-être plusieurs, il n’est pas impossible que je me répète quelquefois, non ce n’est pas impossible que je me répète, quand j’étais enfant, dans ma famille, on trouvait que je ne parlais pas beaucoup, les plus bienveillants devaient sans doute me trouver timide, les autres, tout simplement imbécile, oui, c’est ce que je pense qu’ils pensaient de moi. Mais évidemment, personne ou presque ne s’est jamais dit qu’il y avait peut-être autre chose, que c’était en fait autre chose qui faisait que j’observais sans rien dire ce que faisaient les gens, presque personne, à l’école non plus quand mes camarades se perdaient dans des considérations stupides, des débats puérils, non plus, à ce moment-là, je ne disais rien, je considérais la scène d’un sourire amusé — et puis, c’est tout. Mais cette posture, cette posture du silence, comme je crois qu’il faut la nommer quand même le silence ne serait que partiel, en fait, cette posture, il n’est pas possible de l’adopter éternellement, je ne peux pas vivre toujours comme cela, sans rien dire de ce qui me paraît insupportable, ne jamais rien répondre quand je me rends compte que untel ou untel ne comprend strictement rien à ce que j’écris, mais qu’il l’écrit quand même, comme si sa position de petit chroniqueur dans un journal lui conférait une certaine autorité, alors que non, vraiment, il ne comprend strictement rien à ce que j’écris et croit être plus intelligent que tout le monde, plus intelligent que moi, alors qu’il vient simplement de révéler qu’il est un imbécile qui ne comprend strictement rien. Est-ce que je vais me taire ad vitam aeternam ? Je peux bien garder tout cela pour moi un certain temps, ne le confesser qu’en privé, à l’occasion, mais je ne peux pas garder cette réserve absurde ad vitam aeternam comme si je n’avais rien à dire de tout cela, comme si je flottais dans le royaume éthéré de la fiction fictionnelle, des petites histoires qui ne portent pas à conséquence. Non, je ne peux pas. Ce n’est pas ce que j’ai dit à Nelly après qu’elle m’a reproché d’être cynique, mais c’est ce que j’aurais dû lui dire parce que ne rien dire du tout de toute cette montagne d’imbécillité, c’est courir le risque de se bloquer définitivement, de ne plus être capable de ne rien dire du tout, de rien, plus jamais, d’interrompre définitivement un flux qui ne devrait pas être interrompu. Cela, en revanche, je n’aurais pas pu le dire à Nelly après qu’elle m’a reproché d’être cynique parce que je l’ai compris ensuite, ce n’est qu’ensuite en effet que j’ai compris que sans doute si j’avais tellement de mal à écrire depuis quelque temps, ce n’était pas en raison de la naissance de Daphné, ce n’était pas à cause du fait que Nelly attendait un enfant et puis que cet enfant est venu au monde, comme on dit, et que, depuis qu’elle est là, Daphné, eh bien, comme nous vivons à Paris où les appartements ne sont souvent pas très grands, j’ai dû sacrifier mon bureau, la pièce et jusques au meuble lui-même qui sert depuis que Daphné est née de table à langer, eh bien, en fait, non, ce n’est pas du tout pour cela que j’ai tant de mal à écrire depuis de longs mois, c’est bien plutôt parce que je me censure tellement que j’ai fini par interrompre le flux, à force de ne rien dire, à force de me taire, de m’obliger moi-même à me taire parce que je ne veux pas parler de certaines choses, parce que je trouve, de fait, qu’elles sont sales, en plus d’être ridicules et insupportables, et comme je trouve qu’elles sont sales, qu’elles sont répugnantes, eh bien, je m’interdis d’en dire quoi que ce soit. Or, les choses sales ne cessent pas pour autant d’être sales quand on n’en parle pas. Ce qui se trouve dans le coffre ne disparaît pas quand tu refermes le coffre, ce qu’il se passe ne cesse pas de se passer parce que tu n’en parles pas parce qu’en n’en parlant pas tu crois que cela peut sinon disparaître, du moins ne plus t’atteindre, ne plus te toucher, comme si tu pouvais garder la saleté à distance, tu sais bien que ce n’est pas possible, tu as beau fermer les fenêtres, la saleté trouve toujours un moyen d’entrer à l’intérieur. À présent, je me parle à moi-même et ce n’est pas bon signe, non vraiment pas bon signe du tout, mais il faut tout de même que je dise les choses comme elles sont parce qu’à force de me taire, ou plus exactement à force de taire certaines des mes pensées à propos de certains sujets, j’ai fini par m’empêcher de dire quoi que ce soit de quoi que ce soit en sorte qu’à présent je suis obligé de faire tout le chemin en sens inverse, je suis contraint de me désinterdire d’aborder certains sujets pour pouvoir écrire ce que je veux écrire, pour pouvoir écrire ce que je veux écrire, je ne peux pas me passer du contre, en quelque sorte, je crois que je peux l’exprimer ainsi — je ne peux pas me passer du contre si je veux écrire pour. Ce que j’aurais dû dire à Nelly après qu’elle m’a reproché d’être cynique, c’est que j’ai commis une erreur en croyant que je pouvais me contenter d’écrire pour et passer sous silence tout ce contre quoi j’écris aussi, tout ce contre quoi mon pour est contre, mais non, ce n’est pas possible, c’est toute l’image de la réalité qui s’en trouve faussée comme si l’on ne voyait jamais qu’une partie de la réalité, qu’une partie d’un ensemble qui est deux fois plus vaste en réalité qu’il n’y paraît. Je ne peux pas passer sous silence tout le contre parce qu’il constitue aussi mon pour, il faut que je me batte, en somme, c’est ce que j’aurais dû dire à Nelly, il faut que je sois mauvais si je veux pouvoir espérer être bon, alors oui, je suis peut-être cynique, c’est peut-être vrai que je suis cynique, mais tu sais, Nelly, mon amour, je ne suis pas amer.

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Un jour comme un autre

Les temps changent. C’est une phrase horrible, je sais, aussi laide qu’un truisme. Mais tant pis, il faut savoir sacrifier la beauté sur l’autel de la vérité, fût-elle plate et ennuyeuse.
Les temps ont toujours changé, d’ailleurs. Autrefois, c’est vrai, il fallait un temps passablement long pour s’en apercevoir, un temps si long qu’au moment où l’on s’apercevait que les temps avaient changé, ils avaient changé depuis si longtemps déjà que d’autres changements étaient en train de se produire dont on ne s’apercevait pas encore. En quelque sorte, on était toujours en retard sur le changement. Et pendant longtemps, c’est ainsi que les temps changèrent. Mais les temps ont tellement changé désormais qu’il semble que ce soit la nature même du changement des temps qui s’en soit trouvée changée. Non seulement, les temps changent, en effet, mais on s’aperçoit qu’ils changent cependant même qu’ils changent et cette observation du changement simultanée au changement change, naturellement, le changement en tant que tel. Les temps changent, pourrait-on résumer de façon paradoxale, mais plus comme avant.
Ceci n’a sans doute rien à voir avec cela, mais il y a peu, un intellectuel — dont, je l’espère, on me pardonnera d’avoir oublié le nom — déclarait que l’appel du 18 juin n’avait jamais été aussi actuel. Ce qui aurait pu n’être qu’une idiotie de plus parmi le nombre incalculable d’autres idioties qui sont proférées chaque jour contenait en soi, et sans doute bien involontairement, une intuition d’une profondeur abyssale. En effet, si l’actualité du 18 juin 1940 le 18 juin 2016 signifiait que ce qui c’était passé le 18 juin 1940 n’avait pas perdu son sens le 18 juin 2016, elle signifiait toutefois aussi que le 18 juin était toujours le 18 juin. Le 18 juin 1940 étant toujours d’actualité, le 18 juin 2016 était toujours le 18 juin 1940. C’était déjà profond. Mais l’abysse de l’intuition ne s’arrêtait pas là, elle plongeait encore plus loin dans les arcanes de l’histoire : tous les jours qui s’étaient écoulés entre le 18 juin 1940 et le 18 juin 2016, à savoir 27759 jours, ce qui n’est pas rien, force est de le reconnaître, tous ces jours n’avaient jamais été en réalité qu’un seul et même jour. Ces 27759 jours n’avaient jamais été que l’actualisation constante des événements qui s’étaient déroulés le 18 juin 1940. Oh, bien sûr, si l’on se penchait de manière superficielle au-dessus de l’abysse, on voyait qu’un certain nombre d’événements avaient eu lieu entre ces deux dates ; des guerres, des paix, des transformations, des révolutions, que sais-je encore ? Mais ce n’était là, il faut bien l’admettre, qu’un coup d’œil rapide qu’une vue plus perçante pourrait bien vite démentir en démontrant que nous vivions toujours le même jour.
Comme tous les mercredis matin, ce mercredi, je suis allé faire mon marché. Comme tous les mercredis matin, j’ai descendu les escaliers, traversé la cour intérieure que les ouvriers n’ont toujours pas fini d’occuper, j’ai appuyé sur le bouton qui permet d’ouvrir la porte qui donne sur la rue et je me suis mis en marche vers le boulevard Edgar Quinet. Au bout d’un bref moment — tout juste le temps de faire quelques pas —, j’ai ressenti une sensation étrange, comme si j’étais pris soudain dans un champ de forces qui me transperçaient de part en part. Je me suis arrêté et j’ai regardé mes mains qui me faisaient l’impression d’être la cible d’invisibles rayons, mais tout allait bien, du moins, elles n’étaient pas en train de fondre ni de se désintégrer. Du coup, j’ai regardé autour de moi et tout avait l’air parfaitement normal, la circulation était toujours aussi étouffante, les familles de mendiants avaient toujours leur domicile sur les bouches d’aération du métropolitain, et les magazines grand public faisaient sans discontinuer leur putassière réclame. Contrairement à mon habitude, je me suis assis sur un banc. À vrai dire, ce ne fut pas une décision consciente. Disons que quelque chose m’a poussé à m’y asseoir. Ce devait être le champ de forces. C’était nécessairement le champ de forces. Je n’ai même pas essayé de résister. Une fois assis, une idée étrange m’a pénétré. J’ai posé la main sur mon front, et je me suis demandé :
— Mais qu’a-t-il bien pu se passer avant le 18 juin 1940 ? Depuis le 18 juin 1940, du fait de sa permanente actualité, nous ne vivons plus que des 18 juin, cela est entendu, c’est indiscutable, n’y revenons pas. Mais avant ? Avant le 18 juin 1940, jusqu’au 17 juin 1940, quel jour vivions-nous ? Le 14 juillet 1789 ? Le 18 brumaire de l’An VIII ? Ou bien, au contraire, un jour banal, un jour comme un autre, un jour au cours duquel il ne s’est rien passé de remarquable dans l’histoire de France ? Maudit 18 juin 1940…
J’avais dû parler à voix haute sans même m’en rendre compte parce qu’un agent de police s’est approché et après m’avoir salué de façon règlementaire s’est adressé à moi :
— You are Place du 18 juin 1940.
Je ne sais pas ce qui m’a le plus étonné : le renseignement que je n’avais pas demandé ou le policier polyglotte. Je l’ai regardé un peu interloqué et je lui ai répondu :
— Non, mais de quoi vous me parlez, là ?
— Ah pardon, m’a-t-il rétorqué, je croyais que vous étiez un touriste perdu… Vos papiers !
— Ah d’accord, comme je ne suis pas un touriste, vous contrôlez mon identité ?
— Ne discutez pas. Vos papiers !
Je lui ai donné ma carte d’identité qu’il a regardée après m’avoir regardé et avant de me regarder à nouveau et après aussi et ainsi de suite trois ou quatre fois. Et puis il m’a dit :
— C’est un luxe de passer le temps assis sur un banc. Vous n’avez pas de travail ?
— Je suis écrivain. J’allais faire le marché quand…
Je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase parce qu’il a éclaté de rire. Il a appelé son collègue :
— Didier ! Didier ! Hé, Didier ! Viens voir, j’ai trouvé le nouveau Houellebecq !
Pendant que Didier s’approchait, j’ai pensé que le jour où des policiers connaîtraient mon nom, ce serait vraiment la gloire, mais j’ai gardé cette idée pour moi. Didier a dit :
— Quoi ?
— Il est écrivain, du coup, il passe ses journées assis sur un banc. C’est pas mal comme boulot, non ? Ça te plairait pas, toi, de passer tes journées le cul sur un banc, hein ?
J’allais répondre que ce n’était pas vraiment ce que j’avais l’habitude de faire, mais la perspective d’expliquer l’histoire du champ de forces m’a épuisé. Et puis Didier n’avait pas l’air de trouver ça drôle. Il a dit :
— Ouais, on a autre chose à faire là, Michel… Bonne journée, Monsieur.
Michel m’a rendu ma carte d’identité et m’a gratifié d’un nouveau salut règlementaire. Moi, je suis resté là quelques instants encore sans penser à rien. En me levant, mes yeux sont tombés sur la plaque qui indiquait le nom de la place. Je n’y avais pas prêté attention et quand le policier s’était adressé à moi, j’avais pensé à son accent plutôt qu’à l’information qu’il venait de me donner. Maintenant que j’y pense, je me dis que j’aurais dû croire en une manière d’épiphanie, comme si quelque chose m’était révélé sur le sens de l’histoire, le destin de la France, la souveraineté nationale. Et cette histoire aurait eu une dimension tout autre. Mais ce n’est pas ce que j’ai fait.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Rien. Je me suis dit qu’après tout, la gloire de Houellebecq, je m’en foutais pas mal, si seulement si je pouvais avoir autant d’argent que lui. Si seulement je pouvais avoir autant d’argent que lui, je voudrais bien que rien ne change jamais, je voudrais bien que tous les jours soient pour toujours le même jour, le 18 juin ou le 29 février, cela ne ferait aucune différence pour moi, je me maintiendrais dans une sorte de continuité supérieure, au-delà des aléas du temps qui passe et nous laisse toujours plus décrépit. C’est d’ailleurs pour une raison de cet ordre, peut-être, qu’on en vient à imaginer que les temps ne changent plus. En effet, les temps changeant toujours, il arrive nécessairement un moment où l’on est dépassé. C’est triste, je veux bien le croire, mais c’est inéluctable. Or si l’on parvient à arrêter l’horloge du temps, par l’effet d’une rhétorique médiocre, si nécessaire, une conséquence non négligeable est que l’on sera toujours d’actualité. On vieillira, certes, mais à la vitesse de l’époque ; pas plus vite. Moi qui ne cherchais pas à l’être spécialement, d’actualité, simplement à gagner autant d’argent que Houellebecq, je me suis dit, après tout, pourquoi pas ? Ensuite, j’ai haussé les épaules. J’ai regardé le ciel parce qu’il faisait chaud pour la première fois de l’année, à Paris. Et je suis allé faire mon marché.

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Lendemain de fête nationale

Qui se souviendra de mon époque ?

Qui se souviendra de mon monde de ses guerres lasses oui lasses mais pas assez pour passer pas assez pour passer à autre chose non aussi qui se souviendra de mon monde vaste pantalonnade glose infatigable motifs vertueux pour l’édification pour l’exemple pour la jeunesse excellents vomitifs exécrables plumitifs qui se souviendra de mon monde violence générale des généraux de la bêtise qui quelqu’un qui ?

Je ne demande pas comment comme si sous l’emprise de quelque sémantique défunte je pouvais encore vouloir savoir comment l’on se souviendra de mon époque mais qui c’est ce que je veux savoir qui s’il y en aura un seulement plus tard oh oui même seulement un un qui se souviendra de nos âmes missiles et nos cerveaux cloaques.

Qui se souviendra de nous ?

Nous mot sourd lâche abscons mot à l’abandon sans dérive qui le guide nous mot vieilli pour dire le peuple âgé dont l’histoire date est datée loin de nous la date périmée nous vieux mot que s’adresse en vain le vieux peuple qui attend quelque chose qui ne viendra plus jamais à lui parce qu’il n’y a plus rien pour lui plus rien qu’une histoire qu’il recycle croyant sa geste sans fin alors que ce geste de la rejouer l’achève sans reste.

Pas de reste je voudrais qu’il ne restât rien de nous pas une trace pas un indice pas un souvenir de notre passage amer sur telle ou rive du temps qui passe et je voudrais que l’on me dît peut-être tu croyais vivre mais il n’y a pas de vie pour toi pas un souffle d’âme pas un supplément d’air non il n’y rien à faire que disparaître pas même en désirant l’oubli mais en passant lentement comme un peuple dont l’histoire est si vieille qu’elle se dissout dans l’époque cependant que lui coule lentement vers dieu sait où.

On ne dira pas pourtant ce qui arrivera que tout ça ce sera perdu et vidé oui vide de tout sens ça qu’image lointaine en forme d’archive pour les siècles pas encore là pour les siècles qui ne comprendront pas ce que nous nous faisions là.

Que faisons-nous là ?

Que nous faisons-nous là ?

Il vaudrait mieux qu’il n’y eût plus de siècles plus rien le dire encore plus rien qu’un moment mou ou assez souple du moins pour que nous y reposions tous en masse que nous sommes corps que nous sommes joints comme nous le sommes les uns aux autres dans le souvenir de notre esprit moribond.

Pense enfin à cela peut-être qu’il n’y a plus de silence qu’en recueillement pense à cela aussi peut-être que le reste du temps tu n’entends même pas de hurlements pense à cela que tu n’entends rien que le brouhaha que produit ton peuple.

Pense à quelque chose.

Il faudrait que personne ne se souvînt de nous. Alors nous pourrions vivre peut-être.

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Veille de fête nationale

Crois-tu que j’aurais pu attendre un jour de plus le monde ou simplement ce jour-ci de plus les éclaircies qui se dérobent et les nuages qui nous masquent les mouvements du ciel ou les mouvements dans le ciel eux-mêmes avions de chasse lancés après rien ou bien peut-être un mirage le passé si l’on allait assez vite rattraperait-on le passé ?

Crois-tu que j’aurais dû attendre un jour de plus pour finalement me taire comme tous les ans ne rien faire comme tous les ans sans l’air de rien comme tous les ans nous sommes un monde dans un monde un univers qui se refuse l’expansion nous avons abandonné l’ineffable mais nous n’avons encore rien trouvé à dire un an de plus plutôt sans rien dire simplement hausser les épaules comme toujours nous faisons et oublier une année de plus le ballet pas mécaniques des troupes et les chars à l’assaut de la foule qui jamais ne se clairsème un an de plus avec notre ironie mais quoi d’autre ?

Crois-tu que j’aurais voulu attendre un jour de plus tapi dans mon lit comme si c’était notre ultime abri anti-atomique quand les bombes tapisseront le sol contre nos rêves si j’attendais encore un an de plus je demeurerais toujours en mon lit et ce motif dérisoire unique moyen d’une lutte que personne ne considère moi-même je n’y comprendrais plus rien masse fondue dans la masse des âmes qui se pressent tous les ans pour voir le défilé combien d’années encore combien d’années encore ?

Crois-tu que nous irons plus loin un jour crois-tu que nous irons si loin que nous n’entendrons plus rien que nous ne nous soucierons plus de rien que nous oublierons d’où nous sommes enfin qui nous sommes enfin crois-tu que nous irons aussi loin qu’il le faut pour que disparaisse la masse des âmes qui entonnent en chœur le chant des partisans de l’armée des métaphores mortes l’hymne du passé qui jamais ne passe et de sa mémoire infinie pour qui chantent-elles ?

Crois-tu que j’en aurais assez un jour à la fin de ces questions ou alors en auras-tu assez toi de moi et de mes questions après tout elles ne servent à rien sinon peut-être à nous maintenir différents à l’encontre de la conscience équitable de l’époque et de sa morale en toc crois-tu encore en quelque chose d’autre que le départ que la fuite le dernier voyage quand nous ne nous retournerons plus quand nous serons d’où nous allons présent qui se déroule présent qui se continue sur les routes que nous imaginons mais quand sinon demain ?

Et puis comme tous les ans dans les cieux bleu gris comme les yeux que nous inventons les pales des hélicoptères qui nous observent comme des choses sans nom tournent en rond tournent en rond et il n’y a pas de fin et il n’y a pas de limite rien que l’esprit gigantesque qui nous possède qui nous pense qui nous projette sans cesse sur les petits écrans où nous errons dans son être comme une foule aveugle à son destin de grandir toujours pour être toujours moins.

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