Caricatures impudiques.

L’impudeur comme norme sociale, comme norme de l’échange, est une sorte d’enflure, de communication à l’excroissance viciée. S’approprier des modèles qui nous sont étrangers (« le nouveau x »), feindre que des phénomènes savamment organisés sont le produit du hasard (« best-seller surprise »), fabriquer l’authenticité comme si c’était quelque chose qui se pouvait acheter, inciter les masses à adopter des comportements irrationnels (scènes d’émeute pour acheter des vêtements dans des grandes enseignes), fabrication de soi-même comme une image de marque, à l’image d’une marque ; je pourrais multiplier les exemples d’un univers produit par cette caricature de sentiments, caricature de croyances, caricature de créations, caricature d’idées, etc., comme si tout ce qui est disponible, tout ce qui est rendu disponible pouvait être réduit à une formule publicitaire suffisamment simple pour qu’elle imprègne la masse sans esprits des consommateurs le temps que le produit est en vente. Je ne saurai dire si cette caricature de la vie est successivement, simultanément, alternativement consciente d’elle-même ou bête. S’il y a, d’une part, celui qui invente la formule « le nouveau x » en sachant pertinemment qu’il n’y a aucune commune mesure entre « le nouveau x » et le x dont il est supposé être l’incarnation moderne, simplement une vague ressemblance qui, loin de rester au stade de la coïncidence amusante, est enflée jusqu’à devenir une marque distinctive et, d’autre part, celui qui reprend la formule en ignorant tout de la possible opération qui la sous-tend. Ou bien s’il n’y a qu’un chaos sans raison qui fait que certains événements parfois ont lieu tandis que d’autres fois, non. Il est possible que les deux mouvements soient liés. Il est même hautement probable que l’activité consciente d’elle-même soit alimentée par la bêtise qui, semblable à un grand désert, ne cesse de croître. Il est ainsi hautement probable que la construction de caricatures impudiques ne soient pas le produit d’une volonté consciente de fabriquer des illusions pour les masses, mais simplement le produit d’imaginations débiles, malades d’elles-mêmes, trop fatiguées pour dépasser l’air du temps dans lequel elles baignent et qui se satisfont de reproduire des manières de faire qu’il faudrait être en bonne santé pour analyser, pour comprendre, pour surmonter. Les esprits malades survivent dans une sorte d’existence paradoxale. Tout pourrait sembler si réel (d’ailleurs, on ne parle que de ça, le réel), et pourtant tout semble si lointain, si vague, si feint. Air du temps vicié — haleine de corps malades.

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2 Commentaires

Classé dans Littérature, Théorie

2 réponses à “Caricatures impudiques.

  1. j’ai tant aimé votre article, que je me suis permise de le citer à deux reprises, en intégrale, sur mon blog, et sur ma page face book. Si vous y voyez un inconvénient, je m’empresserai de le retirer, bien sûr. Marie-Hélène Ferrari

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