Journal de Paris (8.1.16)

Rue de Fleurus, avec Daphné et Nelly. — Croisé le directeur d’une maison d’édition de la place de Paris. Nous parlons de Daphné et puis je lui demande, pour faire la conversation, comment sa rentrée de janvier se présente. Il me répond : moins bien que septembre en littérature, mais en essais, je publie une jeune auteure de vingt-cinq ans, agrégée ou docteure en philosophie, il ne sait pas exactement, mais en tout cas, elle a vingt-cinq ans, et c’est la fille de son père, précise-t-il, qui a écrit un livre sur un sujet d’actualité. Elle va faire Ruquier.

L’hécatombe a commencé ; — c’est ce que je me suis dit après que Christian Tarting m’a appris le décès de Jean-Pierre Cometti. D’abord, l’hébétude, comme si je me trouvais face à quelque chose d’extrêmement difficile à comprendre. Puis, la tristesse. Et cette impression de commencement de la fin : les études de philosophie (Ludwig Wittgenstein, l’esthétique, Richard Rorty, etc.), la rencontre avec Nelly, le premier livre publié que je lui avais adressé et qui a conduit un peu plus tard à la publication du livre sur Steve Reich. Tout ce qui s’achève par là-même. Je lui avais écrit la dernière fois pour lui annoncer la naissance de Daphné. Il faudrait dire bien plus, mais je n’en suis pas capable, je ne parviens pas à faire un pas au-delà des souvenirs qui composent désormais cette partie-là de mon expérience. Je ne puis penser qu’à ceci : la dernière fois.

Il y a une différence importante (au double sens de grande et significative) entre une philosophie du nulla dies sine linea et celle des Mille et une nuits. « Pas un jour sans une ligne », cela m’a toujours semblé une contrainte, une discipline rigoriste, une manière d’envisager l’écriture qui confine celui qui écrit au rôle de fonctionnaire des lettres — tous les jours, il accomplit son labeur — tandis que « Pas une nuit sans une histoire » est une force de libération de l’imaginaire, pas un devoir, mais une nécessité vitale. — Pense à la mémoire et à l’imagination immenses de Shahrâzâd, qui raconte chaque jour ce qui maintiendra la vie.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Littérature

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s