Journal de Paris (30.1.16)

L’idée selon laquelle il faudrait à tout prix être citoyen me dérange. Après tout, pourquoi devrait-on nécessairement avoir une conscience politique, pourquoi serait-on obligé de s’intéresser à la vie politique ? En quoi est-il préférable ou plus moral d’être — comme on dit — un acteur de la vie politique ? On présente toujours cette idée comme allant de soi et, évidemment, personne ne prend jamais la peine de démontrer en quoi c’est absolument souhaitable. On part toujours de l’idée qu’il faut mener une action collective. Or cette idée n’est jamais qu’une pétition de principe. Rien ne prouve qu’il vaut effectivement mieux s’engager politiquement plutôt que de confier les tâches minimales de gestion des ressources collectives à un ensemble d’individus dont ce serait le métier. N’y a-t-il pas suffisamment de fonctionnaires pour que la soi-disant vie politique fonctionne sans nous — des fonctionnaires qui pourraient gérer les affaires courantes d’une manière neutre et détachée — et nous laisse faire ce que nous avons envie de faire. On pourrait ainsi imaginer une sorte de régime politique automatique, fondé sur un algorithme perfectionné qui prendrait les décisions qui s’imposent pour gérer les ressources publiques, redistribuer les richesses, attribuer des places en crèche, réparer les axes de transports routiers, créer une nouvelle ligne de chemin de fer, etc., et qui nous laisserait les mains libres pour nous occuper de ce qui compte vraiment à nos yeux.

Tout le monde ne ressent pas naturellement le besoin extravagant de légiférer pour l’humanité tout entière. Certains se contentent plus modestement de proposer des versions du monde, de faire un certain nombre de remarques sur la façon dont les gens vivent et sur la manière dont on peut conduire sa vie, ils s’efforcent d’envisager les choses différemment sans pour autant chercher à imposer cette perspective parce qu’elle aurait une dimension universelle. Avant de prendre l’univers à témoin, se disent-ils, il n’est pas inutile d’examiner ta petite personne. Peut-être en tireras-tu un certain nombre d’enseignements qui ne seront pas dénués de pertinence ; — pour toi et pour les autres.

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Classé dans Littérature

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