Paris : une carte

Carte de Paris. Pour une acouphènoménologie géolocalisée.

Travail en cours d’élaboration d’une carte sonore de Paris : à partir d’enregistrements sur le terrain (field recordings), composer une carte musicale de Paris, interpréter les sons, les atmosphères, les perceptions. Une manière d’écoute qui devient résolument active et tâche de s’approprier la ville. Le processus est une méthode : un enregistrement géolocalisé, une photographie du ciel depuis cet endroit, et une élaboration musicale à partir de ces éléments (qui n’en sera pas forcément une interprétation, mais l’appréhende, se l’approprie, en fait quelque chose).

 

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Explorons les jardins, le premier de la série, est élaboré à partir d’un enregistrement fait au début de l’après-midi du 19 février 2014 et d’une mélodie au synthétiseur, les deux ne se répondant pas nécessairement, même s’ils appartiennent en quelque sorte à un même moment.

L’air, ce pourrait être au gré de l’air du temps, ou simplement de l’atmosphère, quand il ne se passe rien, ou presque, que le roulis des jours — on pourrait croire au bruit de la mer — avant qu’une porte claque.

Sons et « lumière » : Dans le film que Hou Hsia-hsien a réalisé en hommage à Ozu, Café Lumière, il y a un dialogue entre Yoko, l’héroïne, et Hajime, son ami libraire, qui passe son temps libre a enregistré le son des trains de Tokyo, qui se déroule comme ceci : « Yoko : En écoutant le bruit des trains et en les collectionnant, ça te permet de te rapprocher d’eux ? Il y a des bruits récurrents parmi ceux que tu entends ? Hajime : Non. En fait, ce ne sont jamais les mêmes bruits. C’est ce qui fait l’intérêt de les écouter. » En pensant à ce film, et à l’activité d’enregistrer des sons, je me suis souvenu de ce petit enregistrement que j’avais fait à l’intérieur d’un restaurant japonais de la rue Sainte-Anne, Naniwa-ya, et dont je ne savais pas trop quoi faire. Ce me semble une bonne idée à présent de le laisser inchangé, un peu comme un document qui prouve qu’effectivement, si les choses peuvent parfois donner l’impression de se reproduire à l’identique, elles sont toujours différentes et, pour cette raison, nous pouvons les aimer.

Théories du fluxCe qu’on appelle un bel après-midi de printemps. Tout le monde a sa théorie du flux — la fragmentation hydraulique, la circulation touristique. Sauf l’eau qui, de manière aussi imperturbable qu’impermanente, coule.

Jeux de distances : en avance, au Parc Montsouris, une ambiance estivale, et puis quelque chose que j’avais apporté avec moi, une mélodie dont je disposais déjà et que j’ai projeté sur un espace sans la jouer, en l’entendant dans des sons où elle n’était pas. J’aime aussi cette dimension de notre acouphènoménologie : nous ne sommes pas contraints d’importer des sons, nous pouvons aussi les exporter. Nous ne sommes pas les victimes des parasites sonores qui nous entourent, nous pouvons faire quelque chose avec des sons dans des espaces qui ne sont pas nécessairement disposés à les recevoir.

Deux places : ce sont deux lieux structurellement semblables, mais ce qui les distingue, et finalement les oppose, l’emporte sur leurs ressemblances. Ressemblance de structure : une place à proximité d’un bâtiment historique sur laquelle se trouve une fontaine. Le Val de Grâce et le Panthéon. Et pourtant, la Place Alphonse Laveran n’est pas un lieu propice à la halte : peu nombreux sont ceux qui s’y arrêtent, à l’exception notable de quelque clochard ou d’individus qui semblent égarées. Au contraire, la Place de l’Estrapade est un endroit animé, une population diverse s’y arrête : étudiants, ouvriers, clochards, employés d’Universal, etc. Ce qui oppose ces deux places se situe dans la différence des niveaux sonores de leurs éléments : les bruits de l’eau qui coule et de la circulation. Alors que le second l’emporte Place Alphonse Laveran, il se fond dans le décor de la Place de l’Estrapade pour laisser résonner le bruit de la fontaine. C’est une preuve, si l’on veut, que pour entendre une ville il ne faut pas s’arrêter à sa structure, mais s’intéresser au climat qui l’environne et l’enveloppe complètement.

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N.B. Il suffit de cliquer sur les vignettes de la carte pour écouter les sons de chaque lieu.

P.S. Merci à Arthur Violy, qui a réalisé cette carte.

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