Archives de Catégorie: Musique

Emboe – Aléa

Là où la plupart des gens se contentent de faire la même chose, encore et encore, Emmanuel Boeuf réinvente sans cesse la musique qu’il joue. Pourtant, des Sons Of Frida à Dernière Transmission en passant par A Shape, on aurait pu penser qu’il avait épuisé l’étendue de ses possibilités. Erreur : avec ce nouvel ensemble de EPs, Aléa, Emboe découvre de nouvelles ressources, abandonnant la guitare (son instrument fétiche) au profit de l’électronique, agissant en pure spontanéité, laissant les choses se faire et le faire, mobilisant inconsciemment toutes ses influences (et elles sont vastes, de Sonic Youth à Rihanna) pour produire un son qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaissait de lui, mais surtout à rien de ce qu’on connaissait — tout simplement. Sombres, sexy, intimistes, bouillants, bruyants, les aléas d’Emboe doivent tout au hasard parce qu’ils ne doivent rien au hasard. Ce sont des événements, des accidents provoqués, qui ne viennent pas de nulle part, mais de l’imagination d’un musicien qui a oublié depuis longtemps qu’on devait se tenir bien tranquille dans une case. Là où la plupart des gens se contentent de refaire la même chose, encore et encore, Emmanuel Boeuf se réinvente sans cesse. C’est à cela, sans doute, qu’on reconnaît un artiste.

Emboe, Aléa (Atypeek Music Records, 2016)

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Dernière Transmission – Dernière Transmission (ZEPI, 2016)

Dernière Transmission = Emmanuel Boeuf (guitares) + Guillaume Collet (machines) + Jérôme Orsoni (voix). Vidéo = Romain Piegay.

Stries de France est le premier morceau du premier album de Dernière Transmission, qui paraît aujourd’hui sur le label Zéro Égal Petit Intérieur.

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Rome Buyce Night – The Indian Castle of Morocco

IndianCastle-v04

C’est demain que sort le nouvel album de Rome Buyce Night sur notre petit mais excellent label zéro = petit intérieur. Cinq ans jours pour jour après Ann Arbor. Le disque s’appelle The Indian Castle of Morocco, un titre aussi improbable que son histoire — quelque part entre Paris, Nantes, Londres et le pays des possibles.
Quand j’y pense, je me dis que ce disque est à la fois plus simple et plus expérimental que son prédécesseur. Mais il y a quelque chose d’autre dont je m’aperçois. C’est qu’en explorant comme nous le faisons la composition improvisée à quatre, c’est toujours la même chose et ce n’est jamais la même chose. Toujours le même enthousiasme que nous nous efforçons de préserver alors que bien souvent tout semble s’y opposer. Jamais vraiment la même musique puisque nous changeons tout le temps — nous, comme nos instruments. Il y a toujours une ossature guitare basse batterie, mais aussi des voix (parlées, chantées, incantées), des synthétiseurs, des flûtes. Des unités denses et des vides, des formes compactes et des étendues dilatées. Des univers qui se croisent. Des directions que nous prenons pour qu’elles nous échappent.

Et puis, une vidéo du premier morceau de l’album, justement intitulé Rome Buyce Night, réalisée par Romain. Bon voyage !

Rome Buyce Night est composé de
Guillaume Collet : basse, synthétiseurs, voix
Antoine Ducoin : guitare, flûte, clarinette, glockenspiel
Jérôme Orsoni : guitare, synthétiseur, piano, voix
Romain Piegay : batterie

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toutes les masses infimes.

s'il neige un hiver (Paris, 2010)

seule au fond pèse la masse infime grain de sable ou au contraire de poussière tas de tâches toujours remises à demain mauvaises herbes de l’avenir étendues sauvages sur le pas d’une porte

seule au fond c’est comme personne la suite de ces masses infimes agencements sans monde et mondes sans agents ardeurs dépourvues de combats armée certes mais de métaphores mortes

seule au fond court la théorie de nos masses infimes pas à pas sans halte jusqu’à dieusaihou peuples dont le visage est de ne pas le cacher ennemis sans âme en improbables cohortes

seule au fond reste ta masse infime virgule dans le temps qui passe somme sans prix des instants quand je te regarde un mouvement de ta main un spasme délicat avant qu’un rien ne nous emporte

 

(*) Texte écrit pour ||||.
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Guillaume Collet : machines
Emmanuel Boeuf : guitares
Jérôme Orsoni : voix

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la colonisation de l’imaginaire.

la mort est son visage (Roma, 2013)

tout de suite après la énième fin du monde
nous autres en assemblée difforme
parmi les ombres bâtardes et les spectres surannés
admirons la confiance de notre gesticulation

oh ! comme ce qui brûle est paisible et comme la vie est belle
colonise mon imaginaire colonise mon imaginaire

et les cils au bout de nos paupières closes
qui s’étendent tout autour sans fin
parmi les milices blêmes et les passions tristes
décrivent à la rigueur le rayon de notre action

oh ! comme ce qui brûle est paisible et comme la vie est belle
colonise mon imaginaire colonise mon imaginaire

au bout de nos forces quoi que nous y mettions
les doigts ou les mécanismes
parmi les vapeurs divines et les orbes débiles
arrachent à nous-mêmes cette pauvre libation

oh ! comme ce qui brûle est paisible et comme la vie est belle
colonise mon imaginaire colonise mon imaginaire

(*) Texte écrit pour ||||.
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Guillaume Collet : machines
Emmanuel Boeuf : guitares
Jérôme Orsoni : voix

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étranger animal.

39

dans les formes de personne je ne l’ai pas trouvé
sous la lumière éteinte et les yeux écrasés
tapi dans un coin l’étranger animal
écarte les bras et ne s’attend à rien
écoute-le comprendre la pâleur de la nuit
plus jamais l’obscurité mais surtout pas le midi
grands feux sur la ville et flammes sans vie
il dit aussi il n’y aura pas de jugement
toute chose restant toujours toute chose
il n’y aura pas la fin des temps
ce sont des formes d’avant qui ne sont plus pour nous
nous qui ne sommes personne ou alors bien trop
il écarte les bras et déjà tu ne sens plus rien
faut-il se tapir ainsi faut-il se tapir aussi

(*) Texte écrit pour ||||.
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Guillaume Collet : machines
Emmanuel Boeuf : guitares
Jérôme Orsoni : voix

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stries de france.

suivre les formes qui déjà s'effacent (sur une route de Bretagne, 2011)

Stries de France
qu’un seul mot occulte :
rien que pour ne pas exister
imagine
tout le temps qu’il faudra encore
et tout ce temps qu’il faudra
pour se dissoudre
pour ne laisser plus
que ce que nous aimons
que ce que nous sommes
des stries qui ne sont pas perdues
non
imagine
des stries de nulle part.

(*) Texte écrit pour ||||.
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Guillaume Collet : machines
Emmanuel Boeuf : guitares
Jérôme Orsoni : textes

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