Archives de Tag: atmosphère

Versions, § 165. Oreilles géantes.

De celle qui déambule coiffée d’oreilles géantes à l’intérieur d’un périmètre délimité, on pourrait dire qu’elle a perdu la raison. On peut dire aussi qu’elle est en train de faire une expérience esthétique. La différence entre ces deux hypothèses tient à presque rien : une disposition d’esprit, par exemple, ou la croyance en cela que l’atmosphère existe, et qu’on peut l’explorer. Je peux émettre des hypothèses, oui ; mais ce qui est le plus beau, non, je ne saurais le dire.

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Versions, § 92. Être comme l’air.

Dans mon carnet, à la date du 13 avril 2014, j’ai écrit ceci : « “Être comme l’air.” — L’attention à l’atmosphère, à l’ambiance, au climat, suit logiquement dès lors qu’on ne croit plus en la substance. Nous ne craignons plus, en effet, les choses intangibles, celles qui semblent nous glisser entre les doigts, et manquer de consistance. Au contraire, nous comprenons que cet état des choses est partout autour de nous : subtil, léger, imperceptible, impermanent, intangible, délicat. Autant de raisons de n’en pas faire l’ontologie, mais d’y vivre. » — En me relisant, il me semble important de noter encore ce qui suit : il ne faut pas confondre cette nouvelle apesanteur ontologique avec quelque forme simpliste d’optimisme pour laquelle, il est vrai, elle pourrait facilement passer auprès de celui qui la traiterait elle-même avec trop de légèreté.

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Versions, § 57. Journal de Carl de Nemidoff (2)

Le lecteur du Journal de Carl de Nemidoff est surpris d’y trouver un nombre important de notations météorologiques, sans autres commentaires, simplement : « Ciel bleu », « Pluie », « Nuages », etc. Comme s’il s’agissait d’un fait réellement important pour lui — non pas comme lorsqu’on parle de la pluie et du beau temps, mais peut-être déjà comme un poème que l’on est en train d’esquisser et qui, quant à lui, ne parlera ni de la pluie ni du beau temps.

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Versions, § 24. Un commentaire à propos de l’étrangeté de la situation.

Après la disparition de Ludwig Deulofeu, alors qu’on l’interrogeait sur l’étrangeté de la situation, sa femme de chambre, qui était aussi philosophe, déclara : « C’est dans l’air, seulement, que nous pouvons échapper aux mythes de la présence et de la nécessité. » Comme selon toute vraisemblance, on ne comprit pas sa réponse, elle haussa les épaules et ouvrit la fenêtre, laissant disparaître par là même toute trace des événements qui venaient d’y avoir lieu.

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Versions, § 23. Esquisse d’un onirisme concret.

Dans le refus d’interpréter les rêves, qui est aussi une manière de refuser de se laisser dominer par quelque psychologie forcenée, laquelle reconduit tout à notre seul et unique autoportrait — ce qui est, on l’admettra sans peine, une manière bien médiocre de vivre —, on peut lire aussi le désir de continuer à dériver dans un espace qui n’existe pas, mais qu’on peut décrire avec suffisamment de détails qu’il continue, pendant quelques instants au moins, de nous envelopper complètement.

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Versions, § 15. Ironie de l’horizon.

L’ironie, oserai-je avancer à présent (et ce, malgré la perspective probable de quelque non-sens), est telle que, lorsque tout aura disparu, lorsqu’il ne restera donc plus rien parce que tout aura été noyé sous une pluie de cuivre, ou quelque autre phénomène atmosphérique tout aussi radical et définitif, il n’y aura plus personne non plus pour contempler l’horizon ainsi dégagé.

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Versions, § 11. Histoire avec l’histoire.

Il y a une histoire de Julio Cortázar dont il me semble que le sens réside dans ce climat que j’essaie de saisir tout en sachant qu’il est comme l’air ; il n’est pas invisible, il n’est pas indicible, mais on ne peut tout simplement pas l’attraper avec les mains (j’entends par là, par exemple, qu’on ne peut pas le paraphraser). Dans son Histoire avec les mygales précisément, l’auteur n’essaie pas de saisir ce climat qu’il installe, il le laisse venir ; ou alors il est là depuis le début, mais il ne l’accentue pas en écrivant, il le laisse être. Je ne pourrais pas dire qu’il y a une présence à côté de moi, cependant que je lis, mais un air m’entoure, qui forme le sens de l’histoire.

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