Archives de Tag: Berlin

L’eau meut (Botanischer Garten, Berlin)

Est-ce la forme minimale de la musique répétitive ? Ou plus simplement encore : de la musique ? Une petite cascade d’où de l’eau coule sur un moulin en bois, un mouvement qui ne cesse pas (il n’est pas exactement perpétuel), et ce dispositif percussif. La simplicité du mécanisme, que l’on tiendrait presque pour inutile, s’il n’était pas parfaitement esthétique. Une roue qui tourne sur elle-même — ce pourrait être l’éternel retour, mais c’est encore mieux que ça. C’est le rythme dans sa plus simple expression. Il suffit d’être là, et d’écouter. Le dispositif percussif ne réclame même pas notre attention ; il l’a déjà ; l’eau coule, qui le meut.

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Classé dans Enregistrements, Musique

Marcher dans Bruce Naumann, Room with my soul left out, room that does not care. 1984 (Hamburger Bahnhof, Museum für Gegenwart. Berlin)

Il m’a semblé, comme la pièce est presque intégralement noire, à l’exception de quelques lumières jaune-orange, qu’une bonne description pourrait être d’en enregistrer le son, pas le son vide, mais le son de la pièce telle qu’elle est parcourue par le spectateur. On y entend les différentes atmosphères, les cul-de-sac, les espaces un peu plus vastes où l’on a l’impression que l’on pourrait respirer un peu mieux. Les espaces sont des effets de la réverbération du son, de la réverbération très courte, mate, à la réverbération plus longue, plus brillante, mais aussi plus froide. On se perd dans cette pièce, et nos oreilles participent de cette micro-dérive organisée par Bruce Naumann. Ici, je ne me sens pas oppressé, mais comme si le corps était livré à lui-même (l’âme est restée dehors et la pièce ne s’intéresse pas à nous). C’est un moment où je ne pense plus à moi, mais plutôt à ma présence, ou aux effets de ma présence dans cet espace clos. Dans cet espace clos, où je m’oriente comme je peux, mon seul regret est de me trouver dans un espace consacré à l’art, et de ne pas pouvoir me perdre complètement comme l’exigerait la pièce dans laquelle je me trouve.

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Classé dans Art, Enregistrements

Couleurs des surfaces, couleurs des façades

Parmi tout ce qui peut bien me plaire, m’intéresser, ou me fasciner à Berlin, il y a certainement la multiplicité des couleurs des façades, leur nombre si important, et le fait qu’elles soient si vives. Ce ne sont pas les couleurs en elles-mêmes — à supposer que cela veuille dire quelque chose — qui tendent à me fasciner, mais plutôt la physionomie des rues qui longent ces façades. On ne pense pas forcément, quand on vit dans une ville presque entièrement grise comme Paris, qu’une telle variété de couleurs puissent être autre chose que bariolé. Et pourtant, que les façades d’une rue puissent être successivement de nuances distinctes de bleu, de rouge, de jaune, de marron, de rose, cela confère une personnalité aux rues — je veux dire par là que ce n’est pas simplement joli (même si ça l’est effectivement), mais la rue a une atmosphère qui ne résume pas aux différences sociales que l’on peut percevoir et ressentir d’un périmètre à l’autre au sein d’un même quartier.
Il n’y a pas lieu de comprendre ce que sont les couleurs en elles-mêmes, ou quelle pourrait leur signification, mais plutôt la signification que leur usage confère à un espace. Les couleurs de surface que sont les couleurs des façades n’ont pas de signification en elles-mêmes, mais elles font quelque chose à l’espace, elles l’occupent et le transforment, elles lui font une physionomie. Il y a dans ces rues un usage de ces phénomènes que sont les couleurs, un usage qui habite les rues plus qu’il ne les habille. Ce n’est pas une simple cosmétique, comme une couche de peinture que l’on passerait sur les murs pour qu’ils aient l’air moins laid qu’ils ne le sont. La rue est ainsi un habitat, un espace habité, peuplé par ses habitants et leurs couleurs.

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