Archives de Tag: bonheur

Journal de Paris (29.2.16)

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« Wie man wird » — sans objet, sans moi non plus, la vie qui devient.

Devenir est le verbe de la vie. — Vraiment ? Un peu comme si l’on disait qu’être est le verbe de la mort. Et que l’ontologie est une nécrologie.

Cela aurait-il un sens de déclarer, par exemple, que la littérature est la métaphysique de la vie, qu’elle ne cherche pas toutefois à en découvrir le sens ultime — parce qu’il n’existe pas —, mais à lui inventer toujours plus de significations, dans l’espoir qu’un jour peut-être, nous parvenions à vivre mieux ? Et c’est d’ailleurs ce qu’en effet, il faudrait exiger puisqu’une métaphysique sans espoir est vide. — Vivre mieux n’est pas un impératif collectif (comme le bonheur), mais un souhait individuel.

(NdlCR, 21-23)

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Versions, § 197. Le premier avion.

Dans l’immobilité, j’aurais pu découvrir le bonheur. J’aurais dû. À vrai dire, je n’y ai trouvé que des crampes ou d’infinies douleurs infimes, presque imperceptibles, sensibles, cependant. C’étaient autant de façons de me montrer que je ne devrais pas être là ou que, si je ne voulais être nulle part ailleurs qu’ici, j’avais tort. Moi, entêté, j’ai d’abord serré les dents. Et puis, je me suis levé. Et enfin, j’ai pris le premier avion qui se présentait.

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Versions, § 152. Bruit de la morale.

Dans ces moments d’abandon, quand nous ne sommes plus tout à fait nous-mêmes, mais simplement des corps en suspension dans une étendue sonore qui nous semble sans limites, dirions-nous que nous sommes privés de quelque chose nécessaire ou que nous sommes simplement heureux ?

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Versions, § 90. Une image.

J’avais considéré si longuement la surface de son œil qu’il me semblait que je ne pouvais plus distinguer chaque point successif que j’avais dû fixer du reste de sa surface. Et je me demandais : est-ce là ce que je pourrais tenir pour une image du bonheur ?

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une idée concernant la littérature et la musique

Il faut que je parvienne à m’expliquer, sans doute mieux que je ne le fais aujourd’hui, pourquoi il me semble qu’il y a quelque justesse dans cette idée selon laquelle la littérature nous rend malheureux, contrairement à la musique, qui peut nous rendre heureux (même si elle nous fait pleurer à l’occasion). Et aussi, par suite, pourquoi j’écris tout de même, et que je ne me sens pas vraiment malheureux, du moins tout le temps, et certainement pas quand j’écris.

La littérature nous rend malheureux, cela veut dire que, malgré le plaisir que l’on peut éventuellement prendre à lire un livre, il ne peut pas y avoir d’expérience directe de la littérature, ou du contenu des livres : toute expérience littéraire est une expérience médiate parce qu’elle présuppose et parce qu’elle implique de la signification. Je ne peux pas avoir accès à un contenu littéraire directement sans passer par le sens : le sens précède toujours la littérature, et la littérature donne du sens. Contrairement à la musique qui, même si elle met à l’occasion en jeu des relations sémantiques, peut avoir lieu sans le sens. C’est ce que j’ai essayé de montrer en écrivant sur Steve Reich : cette idée selon laquelle je peux avoir accès au contenu de la musique sans passer par le langage, sans passer par le sens, c’est-à-dire : faire l’expérience directe de la musique.

C’est cette expérience directe qui constitue un vrai bonheur : la possibilité de ressentir certes, mais aussi de penser la musique de façon directe, sans la médiation du langage, la possibilité d’un sentiment et d’une pensée dans la musique, qui soit organisée, assumée, constituée par la musique.

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