Archives de Tag: Carl de Nemidoff

Versions, § 160. Journal de Carl de Nemidoff (9)

Dans mes notes de lecture du journal de Carl de Nemidoff, j’ai relevé cette phrase : « Je suis en lutte contre moi-même ; c’est-à-dire aussi contre la bêtise et donc, le monde » au sujet de laquelle j’ai remarqué ce qui suit : « D’où vient cette impression que cette phrase, j’aurais pu l’écrire moi-même ? » Cette impression vient de la phrase, c’est-à-dire : de la vie même.

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Versions, § 130. La vie des doubles.

Le lendemain, alors que j’essayais d’oublier le regard fatigué d’Elizabeth Sotomayor, j’ai repensé à cette entrée du journal de Carl de Nemidoff que j’avais consignée quelques jours auparavant. J’ai eu soudain l’impression que je devrais partir à la recherche de son double, lui poser des questions pour tâcher de savoir qui il est, et comment c’est une vie de double. Je supposais qu’il était lui aussi quelqu’un, qu’il devait souffrir d’avoir un double, qu’il avait peut-être un journal où il avait relaté les circonstances dans lesquelles il avait découvert son double, les événements qui eurent lieu durant leur rencontre ainsi que leurs conséquences pour lui, à présent défiguré. Et puis, je me suis dit : « Tu perds ton temps, personne ne s’intéresse à la vie des doubles. »

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Versions, § 126. Journal de Carl de Nemidoff (8)

« Depuis quelques semaines — si j’en crois mes souvenirs, c’est le récit que Carl de Nemidoff faisait dans son journal —, j’avais constaté que certains objets étaient déplacés, voire qu’ils disparaissaient purement et simplement de mon appartement. Comme je vis seul et qu’il est improbable que la gardienne laisse entrer dans l’immeuble quelqu’un qu’elle ne connaît pas, j’ai rapidement déduit que j’avais un double dont je pouvais constater les agissements par ces déplacements et disparitions. Aussi, hier, ai-je décidé de lui faire croire que je quittais l’immeuble et, revenant à la dérobée par l’entrée de service, d’attendre sa venue dans mon appartement. Quand il est arrivé, je lui ai fracassé le visage à l’aide de mon ordinateur portable, m’assurant ainsi que l’on ne pourrait plus jamais nous confondre. »

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Versions, § 104. Le démon de l’histoire.

On estimera peut-être que le jugement de Carl de Nemidoff est trop catégorique pour être pris au sérieux, mais il suffit de voyager dans telle ou telle contrée post-féodale pour se rendre compte par soi-même que l’histoire ne suit nul cours défini et qu’elle n’est, au contraire, que la somme d’événements contingents que des esprits intéressés à une cause plutôt qu’à une autre essaient de couler dans le fleuve d’un grand roman national. Si une telle version de l’histoire était la bonne, ce dont on peut légitimement douter, il faudrait notamment s’efforcer d’expliquer la place que ces attractions touristiques occupent dans une semblable épopée. Explication à la suite de laquelle on serait bien obligé d’admettre que le démon de l’histoire est un comique.

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Versions, § 103. Journal de Carl de Nemidoff (7)

De mémoire toujours, voici ce que Carl de Nemidoff avait écrit à la date du 2 mai dans son journal : « À présent que les aristocrates ne sont guère plus que des gestionnaires de parcs d’attraction dont la fonction est de divertir le petit peuple contre subside, il serait grand temps de se poser à nouveau la question du meilleur et du noble s’il ne semblait pas que les réponses aient déjà été trouvées dans ces souvenirs de la servitude entretenus comme des monuments historiques. Un esprit dogmatique pourrait y voir la preuve qu’un peuple est toujours prêt à sacrifier sa liberté pour l’amour d’une idée morte (l’idée de sa propre grandeur passée). Mais je crois qu’il n’en est rien, et qu’il ne faut voir dans ces phénomènes qu’une série d’illustrations de ce bric-à-brac qu’est l’histoire. »

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Versions, § 82. Journal de Carl de Nemidoff (6)

Si mes souvenirs sont exacts, voici ce qu’on pouvait lire dans le journal de Carl de Nemidoff : « Quand tout un système de croyances, ou mieux : une esthétique, fondée sur la croyance en la possibilité d’un chef-d’œuvre absolu, s’effondre parce qu’on découvre que son fondement supposé — la relation de représentation — ne fonctionne pas, il n’est pas étonnant de perdre la raison. Il est plus étonnant, en revanche, de prétendre que cette crise est un état normal, simplement pour sauver une croyance qui ne repose sur rien, et sans doute aussi par manque d’imagination. » Mais il est possible que j’en sois moi-même l’auteur (je ne sais plus).

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Versions, § 75. Journal de Carl de Nemidoff (5)

Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais ce matin, en me réveillant, j’ai écouté ce qu’Osvaldo Scaremberg m’avait dit durant la nuit. J’ai donc brûlé le journal de Carl de Nemidoff. Il ne m’en reste plus que quelques fragments en mémoire, fragments que j’essaierai de recomposer quand je serai à peu près certain que Scaremberg sera occupé à ses inventions et n’aura pas le temps de me poursuivre.

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