Archives de Tag: Cicerone disparu

où suis-je ?

parfois je suis perdu parfois je ne sais pas où je suis parfois je vais à la dérive parfois je suis un continent qui dérive parfois je déambule parfois je vais à l’aveugle parfois je pourrais tout aussi bien être ailleurs parfois ça ne fait aucune différence que je sois ici ou ailleurs parfois je suis ailleurs parfois je rêve d’ailleurs parfois j’imagine qu’ici c’est rome ou une autre ville dont je rêve quand il fait trop gris pour vivre ici parfois je me contente de la vie ici dans l’absence du soleil parfois je voudrais que toute la vie s’engouffre dans cette rue et qu’elle déborde et qu’elle envahisse toutes les rues parfois j’imagine qu’on ne peut pas vivre ailleurs si ce n’est ici parfois j’imagine que le monde entier est ici parfois je suis en chine ici parfois je suis au japon ici parfois je suis au mali ici parfois je suis en bretagne ici parfois je suis au pays basque ici parfois je suis au portugal ici quand est-ce que je suis dans paris suis-je toujours à paris où suis-je à paris où suis-je dans paris qu’est-ce que je fais ici si je ne passe pas mon temps dans paris à y vivre  à y marcher à y flâner à y sentir l’air qu’on y respire qu’est-ce que je fais ici si je ne fais rien de la ville si je ne sais rien de la ville si je ne dis rien de la ville si je n’écris rien de la ville si je ne photographie rien de la ville qu’est-ce que je fais ici si je ne garde pas des formes des détails des morceaux de la ville si je n’enregistre pas la ville  si mon pouls ne bat au rythme du sien si je ne fais jamais que passer si je ne m’arrête jamais nulle part pour en conserver quelque forme quelque détail quelque morceau il n’y a que ça : des formes des détails des morceaux de paris alors où suis-je dans paris ?

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Le pied de Michel

Le pied de Michel © Jérôme Orsoni

Le pied de Michel, rue des Écoles, est usé.

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Mes jambes font aussi bien

Je ne suis pas venu ici par hasard. Du moins, c’est ce que je me dis à ce moment précis quand le train marque un arrêt. Je ne sais pas où je suis, je sais simplement que je suis ici, où que ce soit. Ce n’est pas une avarie, ce n’est pas une panne, il faut simplement réguler le trafic comme cela doit arriver un nombre toujours croissant de fois sur l’ensemble des lignes qui maillent ce petit morceau de territoire. Je suis ici  à présent, face à une immense paire d’yeux. Ils ne me voient pas. Je n’ai même pas l’impression que je les regarde. Ils sont là, fixes, morts, peut-être, vides, certainement. Ils me fixent, je ne peux pas détourner le regard. Je ne sais pas ce que je fais ici. Je me dis que je ne suis pas venu ici par hasard, mais après tout, qu’est-ce que j’en sais ?
Du sud vers le nord, j’ai traversé un certain nombre de villes sans nom, sans identité, je n’avais pas le temps de voir leur nom, encore moins celui de simplement espérer connaître leur identité. Je n’ai fait que traverser ces espaces impersonnels. Et à présent, je regarde ces yeux immenses. Je ne sais pas que je suis à Valenton et que je regarde deux digesteurs d’une station d’épuration. De toute façon, ça n’a pas d’importance : je pourrais être dans n’importe quelle zone de cet espace qui s’étend autour de Paris. Tout se ressemble, et l’art n’est qu’une cosmétique vulgaire. Il n’y a rien d’esthétique ici, simplement de ce vernis que l’on passe sur les choses pour qu’elles paraissent un peu moins laides. Je regarde ces yeux immenses. Il ne se passe rien. D’un certain point de vue, je les aime. C’est leur fonction décorative. Ils ne dérangent rien. Ils occupent un espace qui était vierge, qui était sans doute intéressant, mais que personne ne voyait. Ils attirent l’attention. Et puis, on passe. On passe si vite, littéralement : à la très grande vitesse.
Le train repart. Nous arrivons bientôt en gare. Il fait une chaleur accablante. Je ne veux pas prendre le métro. Je ne veux pas prendre un taxi. J’ai envie de marcher. Un jour, c’est ce que je suppose, nous ne marcherons plus que pour autant que cela nous sera nécessaire : nous ne nous promènerons plus. Notre flânerie, c’est Google Street View qui l’aura remplacée. Et nous irons dans les rues, le séant vissé à notre chaise.
Cul-de-plomb !, criait Nietzsche en pensant à l’immobilisme de Flaubert. Il avait raison : on ne pense qu’en marchant. Il faut marcher. Il faut marcher pour écrire. Il faut marcher, ne serait-ce que pour écrire. J’ai besoin de sentir mes muscles, j’ai besoin de sentir mon corps, j’ai besoin de sentir mes pas les uns à la suite des autres, c’est aussi ainsi que je me sens exister. Je n’existe pas qu’en marchant mais, en marchant, je sens que j’existe. C’est autre chose qu’un savoir, c’est avant le savoir, c’est la sensation de son propre corps en marche.
Ambulo, sum. Est-ce que je peux dire ça comme ça ?
Je marche mais j’ai oublié le nom des rues. Je vais à l’intuition plutôt qu’à l’aveuglette, et très vite, je m’aperçois que je n’ai pas besoin de savoir, je n’ai pas besoin d’être en mesure de dire où je suis pour aller. Je vais presque malgré moi. Les rues se suivent sans que je les suive vraiment. Elles sont là les unes après les autres. Et très vite, ainsi, je suis chez moi. Beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Je n’ai pas besoin de savoir, j’ai simplement besoin de marcher, je n’ai pas besoin d’une carte que j’aurai apprise pour me déplacer : la carte, je l’ai dans mes jambes. Ou plutôt, la carte, ce sont mes jambes qui l’ont. La carte, mes jambes sont les seules à la connaître. Elles vont là où je veux aller. Descartes disait quelque chose comme ceci : il suffit que je veuille que mes jambes se mettent en mouvement pour qu’elles se mettent en mouvement. Peut-être. Ce que je pense, en pensant à cette phrase de Descartes, c’est que mes jambes mettent le territoire en mouvement. Mes jambes agissent la carte. Mes jambes sont le principe d’un mouvement urbain si simple qu’on l’a oublié. On préfère le métropolitain. Mais, c’est quoi le métropolitain ? Mes jambes font aussi bien.

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Je suis ici.

Vous êtes ici © Jérôme Orsoni

Je suis ici. C’est si vrai qu’on se demande à quoi bon l’écrire. C’est un de ces truismes dont la ville est peuplée. Nous comprenons ce qu’on veut nous dire, mais ça ne veut rien dire : je suis toujours ici. Si nous sommes charitables, nous pouvons prendre cette adresse comme un pense-bête, un rappel géolocalisé de notre géolocalisation. Je suis toujours quelque part, et mieux : je suis toujours ici. Je ne peux pas échapper à cette condition. C’est une fatalité : même quand je veux être ailleurs, je suis ici, même si je veux voir ailleurs si j’y suis, en supposant que j’y parvienne, je suis toujours ici, je serai toujours là où je suis, je serai toujours ici. C’est une fatalité ; c’est aussi une esthétique. Je suis toujours ici. C’est ma fatalité esthétique dont je veux faire quelque chose.

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Manifeste

et donc n’habiter nulle part pas ici ni là c’est ailleurs et ce n’est même pas ailleurs n’habiter nulle part être vain feindre la présence imiter l’absence chercher surtout chercher encore mais quoi ça c’est autre chose ce que je voudrais surtout c’est habiter nulle part traverser dériver aller et venir me laisser aller me laisser venir mais surtout nulle part mais surtout nulle part mais surtout pas ici mais surtout pas là mais surtout pas nulle part habiter quelque part qui serait ici ou non ou mais où je serai mais où je ne serai pas et surtout à un certain moment et à un certain endroit ne plus savoir ce que je dis ne plus vouloir savoir ce que je dis être là ou ne pas être là être là où ne pas être là ne plus être le facteur du langage être factorisé par le langage diviser le langage multiplier le langage ne plus rien supporter le support n’est rien le support c’est trop de choses le support c’est trop lourd il faut l’oublier je l’oublie je veux surtout n’habiter nulle part surtout n’exister nulle part je ne veux surtout pas qu’on me voie exister je veux surtout ne pas vouloir ne pas être en paix et d’une certaine façon être en paix quand même et quand même ça ne voudrait rien dire comme ça à un certain moment et à un certain endroit arrêter quelques instants ne penser à rien sentir l’air le sol et les autres choses qui entourent les choses matérielles les choses sont concrètes celles qui te touchent celles qui ne t’indiffèrent pas celles qui n’indiffèrent personne parce qu’elles sont toujours là et ne rien dire surtout ça ne veut rien dire surtout ne pas oublier le langage être factorisé par le langage comme par le temps comme par l’espace comme par rien n’être rien si ce n’est là ou ailleurs quelque part ou bien nulle part surtout qu’il n’y ait plus de sens sinon des sens dans tous les sens

— c’est un manifeste

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il n’y a pas d’image possible de cette ville

pas de vis à vis © Jérôme Orsoni

nous ne sommes pas à la surface nous sommes enfouis profondément nous croyons encore à l’air libre mais il a disparu nous sommes disparus sous la masse du monde de l’information des paroles des images des actions toujours plus diversifiées je n’ai rien à redire au monde tel qu’il va il est comme il est je peux me sentir étranger mais je ne suis pas en dehors je ne suis même pas certain de vouloir qu’il change je ne sais pas pour quoi il changerait je suis dedans très loin tout au fond enfoui comme tout le monde parfois il me semble qu’en creusant vers le haut et de toutes mes forces je pourrais atteindre à la surface mais c’est un rêve je rêve de superficialité ou de de superficie je rêve la superficie de cette ville comme d’un espace sans limite que je pourrais parcourir sans contrainte sans limite pas de limites ni aux frontières ni à l’intérieur un plan immense et peut-être infini sur lequel j’irais sans peine des haltes quand je les voudrais chaque fois que je les voudrais je m’arrêterais mais je ne serais pas arrêté

il n’y a pas d’image possible de cette ville

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Tous les Paris

Je sais que j’ai aimé Paris. Parfois. Je m’en souviens. J’ai aimé Paris. Au point même de lui faire quelque déclaration d’amour, au point de penser que j’y passerais ma vie, de vouloir vivre à un certain endroit. J’ai aimé Paris plusieurs fois. Mais chacune de ces idylles étaient de courte durée. Faut-il toujours revenir à la réalité ? Il faut croire que oui. Je redevenais un simple usager de Paris. J’étais moins dans Paris qu’à Paris. Le romantisme ne dure pas. Il faut toujours revenir à la dureté du bitume, des espaces verts comme des îles perdues au milieu de la grisaille et que l’on atteint qu’à certains moments qu’il est donné d’avoir libres. J’aime Paris par intermittences. Ce sont celles de la ville. Les moments qu’elle laisse disponibles, dont nous pouvons faire quelque chose. La plupart du temps, je suis fait par les moments, je suis fait par le temps, je fais des choses de mon temps — en vérité, ce ne sont pas des choses, ce sont des tâches —, mais je ne fais rien du temps. Je n’aime Paris qu’aussi longtemps que je l’habite. Je n’aime Paris qu’aussi longtemps que j’y vis. C’est-à-dire : rarement. C’est rare quand je vis dans Paris. C’est extraordinaire. L’ordinaire, c’est : travailler. Mais qu’est-ce que je fais quand je travaille ? Rien. Pour agir, il ne faut pas travailler. Il faut vivre. Nous ne vivons presque jamais.

Si j’ai pu aimer Paris, j’ai pu aussi haïr Paris. Et je finis par ne plus savoir ce que c’est Paris. Et, c’est ainsi que je finis aussi par dire que Paris n’existe pas. Paris n’a pas d’unité, pas de forme définitive. C’est un ensemble d’ambiances, d’atmosphères, de climats entre lesquels nous circulons sans bien savoir où nous sommes ni même si nous sommes quelque part. Quelque part, oui, certes. Assurément. Pour autant que nous sommes là où nous sommes, pour autant que nous sommes ici, pour autant que nous sommes présents l’espace de quelques instants dans un espace que nous traversons pendant quelques instants. Bientôt, ce Paris a disparu. Une autre ville apparaît. Une autre ville surgit. Une autre ville se dessine et s’efface. Bientôt, c’est autre chose Paris, une autre lumière, d’autres couleurs. Quand je ne travaille pas, quand on m’en laisse le temps — c’est si rare —, je marche dans Paris : je flâne, je dérive, je me promène, j’arpente, je parcours, je déambule. Ce sont tous les Paris qui se succèdent, et que j’aime, et que je n’aime pas, c’est aléatoire, c’est cyclique, c’est périodique, c’est une phase puis une autre, c’est nécessaire, c’est je ne sais pas. C’est :

Paris + Paris + Paris + Paris + Paris + Paris + Paris, etc. ad inf. = Paris ≠ Paris

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