Archives de Tag: deux nuits chez Le Corbusier

Deux nuits chez Le Corbusier : vues aveugles à la Villa Savoye.

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Classé dans Architecture, Photographie

Deux nuits chez Le Corbusier : deux dessins du Modulor

Dessin du Modulor par Le Corbusier daté du 6 janvier 1946. À cette époque, le calcul donne un homme d’une taille de 175 centimètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier daté du 6 janvier 1946. À cette époque, le calcul donne un homme d’une taille de 175 centimètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier, tel qu’on le trouve notamment dans son ouvrage Le Modulor publié entre 1948 et 1954 : la taille de l’homme est de 1,829 mètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier, tel qu’on le trouve notamment dans son ouvrage Le Modulor publié entre 1948 et 1954 : la taille de l’homme est de 1,829 mètres.

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Deux nuits chez Le Corbusier : il faut vivre

Il faut vivre. C’est une affirmation. Elle peut paraître idiote, c’est vrai, mais c’est souvent comme ça. Et je l’énonce à nouveau. Il faut vivre. C’est ce que j’affirme même si on trouvera peut être ça idiot. Il faut vivre, c’est-à-dire aussi : il faut laisser les choses se faire, il faut laisser les événements arriver, comme on pourrait dire dans un autre langage : il faut laisser faire, laisser passer, laisser aller. Ce qui doit être écrit le sera. Non, ce n’est pas exactement ça. L’écriture, c’est la contingence même, comme la vie. Alors, presque nécessairement, mais pas tout à fait, l’écriture et la vie doivent finir par se rencontrer d’une façon une d’une autre, à un moment ou à un autre, sinon c’est qu’il n’y a rien, et sans doute rien à vivre non plus. D’une façon ou d’une autre, on finit toujours par vivre quelque chose qui nous permet d’écrire ce qu’on avait à écrire. C’est comme ça, ça ne s’explique pas forcément — il vaut sans doute mieux ne pas l’expliquer du tout. On passe des semaines à chercher une idée, à chercher une forme, on passe des semaines à chercher quelque chose à dire. Et puis, ça arrive, comme ça, comme ça doit toujours arriver : on l’avait eu sous les yeux pendant si longtemps, mais ce n’était pas encore le moment, ce n’était pas encore le moment de le vivre, ce n’était pas encore le moment de l’écrire. Ça avait été là si longtemps, mais on n’avait jamais su quoi en faire, d’ailleurs, on n’avait jamais même eu l’idée de simplement en faire quoi que ce soit. Il avait fallu partir loin et attendre quasiment dix ans pour penser enfin en faire quelque chose. Il fallait simplement que le temps soit bon.

En quelque vingt années passées à Marseille, je n’ai jamais mis les pieds à La Cité Radieuse. Je passais devant sans même la voir. J’aurais pu m’y intéresser, mais l’idée ne m’en était jamais venue. J’avais vécu comme bon nombre de marseillais — la plupart, c’est ce que je suppose — en pensant sans le dire, et sans même le savoir en fait, que c’était une maison de fou, et finalement ne la regardant qu’à peine.

Mais ça, c’était il y a longtemps déjà. Avant de passer tout ce temps loin de Marseille. Avant de passer tout ce temps loin de la mer. Maintenant que j’envisageais sérieusement de retourner près de la mer, j’imagine aussi que les choses changeaient en suivant de changement le lieu. Enfin, c’est ce que je suppose à présent. Je n’en sais rien. Je pourrais continuer et perdre mon temps à essayer de savoir pourquoi j’ignorais cette radieuse cité jadis alors que maintenant je m’y intéresse. Ce serait de la psychologie. Ce serait une perte de temps. Je veux faire autre chose. Je veux habiter cette radieuse cité. Je veux m’y sentir chez moi, ne serait-ce que quarante-huit heures durant. Ne serait-ce que deux nuits durant. Deux nuits chez Le Corbusier, ce n’est peut-être pas très long, mais on doit pouvoir commencer à y sentir quelque chose, on doit pouvoir commencer à y comprendre quelque chose. Pas quelque chose de technique, quelque chose de senti, de vécu, mais pas une archiphénoménologie, je ne sais même pas ce que ça veut dire. Je voudrais être dans l’espace en écrivant. Et rester dans l’écriture dans l’espace, ne jamais sortir de l’espace. Ou mieux : dépasser les limites entre les espaces, dépasser les limites entre l’intérieur et l’extérieur. Ces limites, Le Corbusier les dépassent, l’intérieur s’ouvre au dehors, et l’extérieur est là, tu le touches, tu le vois, à l’horizon. Et l’horizon, c’est à la portée de la main.

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