Archives de Tag: devenir

Journal de Paris (29.2.16)

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« Wie man wird » — sans objet, sans moi non plus, la vie qui devient.

Devenir est le verbe de la vie. — Vraiment ? Un peu comme si l’on disait qu’être est le verbe de la mort. Et que l’ontologie est une nécrologie.

Cela aurait-il un sens de déclarer, par exemple, que la littérature est la métaphysique de la vie, qu’elle ne cherche pas toutefois à en découvrir le sens ultime — parce qu’il n’existe pas —, mais à lui inventer toujours plus de significations, dans l’espoir qu’un jour peut-être, nous parvenions à vivre mieux ? Et c’est d’ailleurs ce qu’en effet, il faudrait exiger puisqu’une métaphysique sans espoir est vide. — Vivre mieux n’est pas un impératif collectif (comme le bonheur), mais un souhait individuel.

(NdlCR, 21-23)

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Journal de Paris (27.2.16)

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La vie qui me traverse. La vie que je suis. La vie que je donne.

L’erreur de Nietzsche est d’avoir cru, à la fin, qu’on devenait ce que l’on était. Ce qui revient à privilégier l’être contre le devenir. Comme devenir une chose ou quelqu’un. Mais devenir n’implique pas un état et ne souffre pas d’un défaut pour autant. C’est un verbe puissant. C’est une puissance. Devenir ce que l’on est — c’est-à-dire : devenir l’être — revient à faire du devenir une tautologie, comme si l’être avait toujours été, comme s’il avait toujours tout précédé et qu’il fallait le faire advenir. Voudrais-tu que tu vie ressemble à ceci :

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où le mouvement te donnerait l’illusion de devenir et l’illusion du devenir alors que tu ne serais jamais que ce que tu es, que ce que tu as toujours été ? Imagine quelqu’un qui se satisferait de dire qu’il est né comme ça.

(NdlCR, 17-18)

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Journal de Paris (6.2.16)

Sur le site du Figaro, je vois ce titre (qui est une citation d’un politologue dont j’ignorais jusqu’à l’existence) : « Immigration et multiculturalisme dopent les eurosceptiques ». Mais ce serait quoi le contraire du « multiculturalisme » ? Le « monoculturalisme » ? Qui consisterait, notamment, à ne parler qu’une seule langue, à ne jamais vivre que dans un seul pays, voire (si la culture est monomaniaque, il n’y a pas de raisons d’élargir excessivement son périmètre) une région, une ville, un village ? Et ainsi, ne rien apprendre d’autre que ce qui est supposé former « notre culture ». Mais c’est quoi, « notre culture » ? Les mille et une nuits font partie de ma culture. — Il faut en finir avec cette idée absurde selon laquelle le « multiculturalisme » serait une menace. Mais il faut aussi en finir avec l’idée qu’il y a plusieurs cultures. D’ailleurs, il faut en finir avec l’idée même de culture. Il faut partir de ce dont l’individu est capable (apprendre plusieurs langues, voyager, se souvenir, découvrir, inventer, lire, écrire, etc.) pour former une notion de « culture » qui ne soit pas une totalité susceptible d’accueillir ou de rejeter des éléments qui lui sont étrangers, mais une dynamique inventive. Un désir plutôt qu’un socle, un devenir plutôt que des racines.

(— Mais aussi, quelle idée de lire Le Figaro.)

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