Archives de Tag: échec

Journal de Paris (3.3.16)

Se souvenir, commémorer, transmettre — toute une nation moribonde.

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La question du sens de la vie est intimement liée au problème du mal : 1) parce que vivre, c’est repousser ou surmonter les forces qui s’opposent à mon propre épanouissement ; 2) je ne peux pas espérer vivre si je ne reconnais pas l’existence de ces formes pour les dépasser.

Je ne peux pas nier l’existence du mal. Il est indépassable en ce sens qu’il est toujours encore à dépasser.

Le mal est l’horizon inverse de la vie, son non-sens ou son sens raté, son échec ou sa ruine, sa destruction. Le mal n’annihile pas nécessairement, il peut aussi simplement déjouer. Je peux croire avoir vaincu le mal parce que je suis encore en vie, mais cela n’écarte pas la possibilité que cette vie soit en vain.

(NdlCR, 27-29)

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Journal de Paris (15.2.16)

J’ai écrit une phrase et puis, j’ai tiré un trait dessus. Pourtant, c’était une phrase intelligente. Je crois que c’est justement pour cette raison que je l’ai raturée. Non que je rejette l’intelligence (cela n’aurait aucun sens), mais je me méfie de toutes ces phrases qui ont l’air profondes et ne sont que des choses enflées et vulgaires, qui pointent du doigt ou mettent à l’index. — Tu fais la morale. C’est ainsi que tu es le plus mauvais des moralistes.

Faute, culpabilité, échec, défaite à défaut de santé, d’affirmation, de désir. Tu es perdu dans la grande forêt de mortifères et l’immense majorité t’ignore. Quelques-uns, je crois, te montrent du doigt en riant, mais de là où ils sont, ils ne distinguent pas le son de ta voix. C’est égal, tu n’as plus rien à dire. — Je cherche un titre pour le texte dont je parlais le 11.2.16. Comme je ne le trouve pas, je suppose que je divague, que je cherche des idées pour avancer, tout en espérant que ce qui me manque viendra de lui-même. Drôle d’idée.

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Versions, § 171. Miroir & stratagème.

Il n’est peut-être pas exact de penser que la vie est ou bien une réussite ou bien un échec. C’est là une conception bien trop simpliste pour posséder un semblant de vérité. Mais face à l’immobilité des choses dans le miroir, peut-on éviter d’avoir recours à un stratagème qui nous mette en mouvement au lieu de rester là, simplement là, je ne dirais pas : assis sans rien faire, mais plutôt : immobile comme le miroir ?

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Versions, § 129. Vie d’Elizabeth Sotomayor (12)

« J’ai abandonné si souvent, et même une fois de plus, voyez-vous, avait ensuite ajouter Elizabeth Sotomayor comme pour me convaincre qu’elle n’était pas complètement désespérée, qu’il me semble de temps en temps que je ne suis plus à même de faire la différence entre le succès et l’échec. Et, même si je crois qu’il n’y a pas de lumière qu’on entr’aperçoit longtemps avant de la découvrir enfin, je sais en revanche que je peux toujours inventer ma propre lumière. Ce ne sera peut-être qu’une petite lumière, un fanalino, mais ce sera la mienne — mon œil, en quelque sorte. » Et moi, qui l’écoutais toujours sans jamais oser dire le moindre mot, je ne savais pas, à ce moment, quelle version d’Elizabeth Sotomayor je préférais.

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Versions, § 94. Cas particuliers

« La réussite est un cas particulier de l’échec. » — Peut-être est-ce ainsi qu’il faudrait présenter les choses puisque, c’est ce qu’il m’a souvent semblé, ni l’une ni l’autre ne sont des espèces spéciales d’action : l’une n’est pas un triomphe et l’autre n’est pas une tragédie. Au contraire, ce sont des actions qui, à un certain moment de nos vies, nous satisfont plus ou moins. Et nous les inscrivons dans nos vies en fonction de nos exigences momentanées.

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Versions, § 93. Histoire avec un échec.

Dans L’invention de Morel, qui passe pourtant pour un chef-d’œuvre, Bioy n’a pas pu s’empêcher d’ajouter à la fin une note qui prétend expliquer le roman. Or, et même si tout semble indiquer qu’il ne s’en est pas aperçu, cette note métaphysique est l’échec de l’ouvrage qui, loin de lui conférer un sens plus profond, le renferme sur lui-même, et le nie. Preuve si l’on veut que l’échec est toujours contenu dans la réussite. Ainsi, quelquefois, alors que tout paraît conspirer au succès, ce même tout s’affaisse sous sa propre outrance, et c’en est fini de la littérature.

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Versions, § 73. Vie d’Elizabeth Sotomayor (6)

Devant la possibilité que l’existence tout entière soit un échec, si Elizabeth Sotomayor ne pouvait pas demeurer tout à fait de marbre, au moins parvenait-elle à afficher la plus parfaite indifférence parce que, précisément, pensait-elle, il n’y a peut-être pas de différence essentielle entre la réussite et l’échec.

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