Archives de Tag: Enregistrements

Place George Pompidou (Paris, le 25/01/2014)

John Cage raconte, dans un entretien qu’il a accordé à William Duckworth en 1982, comment il fait un usage quotidien de sa « pièce silencieuse », 4’33’’. Il décrit ainsi comment elle est présente dans sa vie de tous les jours, comment il dirige constamment son attention vers elle, comment il est possible, donc, qu’en quelque sorte, elle rythme son existence. Cage précise qu’il ne fait pas quelque chose de spécifique — il ne s’assied pas pour l’écouter, par exemple. Il semble l’envisager simplement comme un possible, ou comme un disposition d’esprit, une attitude, une façon de vivre. C’est une façon de faire qui lui est propre, et qui doit sans doute beaucoup à sa démarche de compositeur, mais je pense qu’il y en a d’autres — et qu’elles ne sont pas mutuellement exclusives, bien au contraire.
Comme s’arrêter effectivement pour prêter attention aux sons autour de nous. Alors que nous ne prêtons pas attention à un son spécifique, mais que nous prêtons attention à l’environnement des sons dans lequel nous sommes, dans lequel nous vivons, ce qui se passe, nous arrive aussi. Comme ce samedi d’hiver, un après-midi gris, Place Georges Pompidou. Où quelqu’un que nous entendions aussi chantait un chanson.

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L’orage (Paris, le 04/10/13)

Il y a le son des gouttes de pluie quand elles s’écrasent sur le rebord de mes fenêtres. Il y a, plus loin, qui succède à l’éclair et qu’on n’entend pas, la lumière du tonnerre qui résonne gravement. Il y a le son que, les autres et moi, nous émettons, nous aussi. Le son que nous ne pouvons pas nous empêcher d’émettre. Ce son-là n’est pas une objection au son de l’orage, mais plutôt une réponse, dans la mesure où, nous aussi, nous sommes là, nous aussi, nous existons, nous aussi, nous nous faisons entendre.
Et alors, comme lorsque quelque chose d’exceptionnel se manifeste, nous ne disparaissons pas. Non. Nous nous faisons entendre différemment. Presque de manière indistincte, et notre son se mélange alors à celui de l’orage.
Lui, comme nous, nous ne sommes que des enregistrements.

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La nuit, dans le métropolitain

Si le silence n’existe pas, le bruit n’existe pas non plus. Il n’y a que du son, ou plutôt : il n’y a que des sons. Il n’y a que des sons que nous organisons en fonction de nos humeurs, de nos habitudes, de nos attentes, de nos expériences passées, de ce que nous avons l’intention de faire ou de ne pas faire, etc. Dans le métropolitain, si le bruit n’existe pas, pas plus ici qu’ailleurs, on peut tout de même faire l’expérience d’une forme de violence sonore extrême.
Dans une confusion rare, et simultanément selon un ordre répétitif implacable, l’espace sonore est compressé, transpercé, écrasé et explosé. Puis une pause, et un son qui brise ce temps de calme relatif (relatif à la violence du son qui le précède et qui va le suivre), et la course assourdissante recommence. C’est quasiment sans fin. Rien ne revient jamais. Rien n’est jamais rigoureusement identique. C’est même d’abord une courbe ascendante, le son toujours plus dur, qui occupe tout l’espace jusqu’à absorber l’usager du métropolitain. Et puis, l’appareil auditif semble prendre la mesure de la dimension de cet environnement sonore, et il parvient en quelque sorte à en bloquer les effets, à isoler celui qui transite, il se coupe, il se protège — même quand nous ne faisons qu’ajouter du bruit au bruit dans nos casques d’écoute individualisée.

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