Archives de Tag: Ichirō Dubois

Versions, § 170. Aquarelle.

Penser à des lignes courbes, je crois deviner que c’est ce qu’Ichirō Dubois fit lui aussi dans la maison de repos où il passa la fin de son séjour. Des formes douces et amples au-delà desquelles l’infime partie de l’univers que l’on voit semble immense, une aquarelle pas tout à fait sèche dont les couleurs débordent délicatement les unes sur les autres. Allongé sur le dos, c’est ce qu’il fit des heures durant, immobile.

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Versions, § 167. Tentative d’imitation.

Alors Ichirō Dubois avait imaginé qu’il était l’un de ces oiseaux exotiques. Plus exactement, il avait commencé de les imiter, les bras tendus de part et d’autre de son torse, gyrovaguant le long de ce qui lui tenait lieu de perchoir. C’est ensuite que, croyant à une tentative de suicide, le personnel de sécurité de l’immeuble s’empara de lui et l’immobilisa au sol. Preuve s’il en est qu’on est rarement compris quand on a de l’imagination.

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Versions, § 166. Pluie sur les pilotis.

En haut de cet immeuble, une manière de ville sur pilotis, Ichirō Dubois avait soudain vu disparaître la mer. Est-ce à ce moment-là qu’il a voulu devenir architecte ? Ou au même moment qu’il s’est rendu compte qu’il préférait le vide aux constructions, l’air au béton ? Et que l’état de quasi-apesanteur où il se trouvait était encore trop artificiel pour réussir à transformer la façon dont les citadins conçoivent tout ce qu’ils trouvent alentour comme une dépendance d’eux-mêmes ?

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Versions, § 156. Hyper esthétique d’Ichirō Dubois.

Comme on a déjà pu le lire (voir § 120. Origine des excentricités d’Ichirō Dubois), Ichirō Dubois ne s’était pas toujours comporté de façon aussi bizarre. Mais un jour, il avait connu une manière d’éclair de conscience — d’autres diraient sans doute : « une illumination », mais moi, je ne peux pas enlever les guillemets — ; il lui était apparu clairement que s’il devait mourir aujourd’hui, il aurait connu sa plus grande émotion en regardant une publicité pour une marque de chaussures. Son éclair s’était prolongé jusqu’à inclure dans cette hyper esthétique des milliards d’autres personnes comme lui. Et c’est sans doute ce prolongement qui avait achevé de convaincre Ichirō Dubois qu’il lui fallait dès maintenant procéder à sa propre révolution.

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Versions, § 143. Applications des excentricités d’Ichirō Dubois.

Les problèmes de notre civilisation, avait sans doute constaté Ichirō Dubois un matin, sont liés à une contradiction entre nos conceptions et les événements auxquels nous sommes confrontés. Par exemple, c’est la réflexion qu’il avait dû se faire ensuite, alors que nous sommes convaincus que l’avenir nous est caché, nous savons des mois à l’avance quel sera notre emploi du temps. Et si mes excentricités ne sont pas applicables par tout le monde, elles peuvent cependant nous apprendre qu’il est à chaque instant possible de se libérer de nos idées préconçues tout comme de nos emplois du temps.

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Versions, § 125. Mouvement des animaux.

S’il peut paraître absurde de ne pas noter une expérience que l’on juge décisive alors même qu’on l’oublie systématiquement, comme on pourrait nous le reprocher en s’agaçant à la lecture de ces aventures d’où aucune conclusion claire ne se dégage, il faut toutefois avoir conscience de ceci qu’une expérience n’est pas quelque chose que l’on raconte, mais quelque chose que l’on fait. Le récit d’une expérience est toujours secondaire, et si l’on ne parvient pas inscrire l’expérience dans son corps, c’est qu’il faut la recommencer.

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Versions, § 124. Excentricités d’Ichirō Dubois (3)

Tous les soirs avant de s’endormir, Ichirō Dubois, allongé sur le dos, regardait ses pieds qu’il avait posés à la verticale sur le mur à côté de son lit. Il décrivait ensuite l’action de marcher avant de s’arrêter, d’attendre un peu, et d’éteindre finalement la lumière. Il lui semblait qu’ainsi, en détachant le mouvement du déplacement, il faisait une expérience décisive. Le fait qu’il oubliait systématiquement laquelle durant la nuit qui suivait ne modifie en rien la qualité de l’expérience proprement dite.

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