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Journal de Paris (5.3.16)

Je sais que j’ai rêvé cette nuit. Je le sais parce que je me souviens m’être dit durant la nuit qu’il faudrait que je me souvienne de mon rêve au réveil pour le pouvoir consigner dans mon journal. Ce que je sais aussi, c’est que je ne me souviens plus du rêve, mais uniquement du souhait de m’en souvenir que j’avais formulé quasi en dormant. Ou bien était-ce là le rêve vraiment ? J’ai rêvé que je voulais me souvenir d’un rêve dont je ne me souviendrais pas au réveil.

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J’ai dit plus haut que vivre était un souhait, mais il faut plutôt parler de désir, il y a quelque chose comme un élan, un appel, une pulsion. Toutefois, ce vocabulaire ne me satisfait pas. Spinoza parle de puissance d’agir, de conatus, mais s’il y a dans ce mot l’idée d’un effort, cela ne me va pas. Vivre n’est pas un effort ; — celui qui fait un effort pour vivre est déjà mort. La vie peut impliquer un effort, mais elle ne le présuppose pas.

La vie n’est pas non plus une obligation.

(NdlCR, 33-34)

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Journal de Paris (7.2.16)

Le monde réduit à un îlot dans un océan ennemi. Qui peut désirer vivre ainsi ?

Déjà un mois que j’écris ce Journal de Paris. Je me suis toujours méfié des journaux. D’une part, parce qu’il me semble que ce que l’on y raconte sent trop souvent le linge sale. D’autre part, et surtout, parce que les contraintes qu’on croit créatrices confinent souvent à l’obsession. Tu crois qu’écrire tous les jours est en mesure de libérer des énergies qui resteraient autrement assoupies alors qu’en fait, tu ne fais que ressasser. Tu t’auscultes, mais tu ne vas nulle part. Je ne cherche pas à éviter l’un ou l’autre de ces écueils ; le simple fait que je sache qu’ils existent me suffit (en quelque sorte). En revanche, ce journal me permet de travailler de manière plus extensive, dans le temps, avec le temps qui passe. Alors que souvent, je n’écris que de manière intensive. — Et puis, je ne voudrais pas laisser croire que tout est vrai, même si rien n’est faux. Ce n’est pas cela (l’un des termes de l’alternative par opposition à l’autre) qui importe. Il faut chercher autre chose ; regarder ailleurs.

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Versions, § 103. Journal de Carl de Nemidoff (7)

De mémoire toujours, voici ce que Carl de Nemidoff avait écrit à la date du 2 mai dans son journal : « À présent que les aristocrates ne sont guère plus que des gestionnaires de parcs d’attraction dont la fonction est de divertir le petit peuple contre subside, il serait grand temps de se poser à nouveau la question du meilleur et du noble s’il ne semblait pas que les réponses aient déjà été trouvées dans ces souvenirs de la servitude entretenus comme des monuments historiques. Un esprit dogmatique pourrait y voir la preuve qu’un peuple est toujours prêt à sacrifier sa liberté pour l’amour d’une idée morte (l’idée de sa propre grandeur passée). Mais je crois qu’il n’en est rien, et qu’il ne faut voir dans ces phénomènes qu’une série d’illustrations de ce bric-à-brac qu’est l’histoire. »

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Versions, § 82. Journal de Carl de Nemidoff (6)

Si mes souvenirs sont exacts, voici ce qu’on pouvait lire dans le journal de Carl de Nemidoff : « Quand tout un système de croyances, ou mieux : une esthétique, fondée sur la croyance en la possibilité d’un chef-d’œuvre absolu, s’effondre parce qu’on découvre que son fondement supposé — la relation de représentation — ne fonctionne pas, il n’est pas étonnant de perdre la raison. Il est plus étonnant, en revanche, de prétendre que cette crise est un état normal, simplement pour sauver une croyance qui ne repose sur rien, et sans doute aussi par manque d’imagination. » Mais il est possible que j’en sois moi-même l’auteur (je ne sais plus).

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Versions, § 69. Journal de Carl de Nemidoff (4)

À la date du mercredi 12 mars, on trouve dans le journal de Carl de Nemidoff la citation suivante, tirée du journal de Franz Kafka, 5 septembre 1911 : « Il est impardonnable de voyager — et même de vivre — sans prendre de notes. Sans cela, le sentiment mortel de l’écoulement des jours est impossible à supporter. » Il faut croire que, malgré tous nos efforts, nous ne faisons aucun progrès puisque ce sentiment traverse les siècles, qui nous pousse à écrire sur tout ce qui peut bien se présenter à nous.

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Versions, § 64. Remarque sur le Journal de Carl de Nemidoff.

En lisant le journal de Carl de Nemidoff, comme j’avais décidé de le faire, ce n’était pas que je m’ennuyais — non, pas exactement, puisqu’il y avait toujours des passages que je pouvais en extraire pour les citer —, mais il me semblait que c’était comme toujours avec les journaux : un laboratoire et un confessionnal. Or, si j’ai toujours eu le goût de l’aventure, je ne parviendrais jamais à m’habituer à ces odeurs de stupre un peu rance.

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Versions, § 63. Journal de Carl de Nemidoff (3)

Il y a certes quelque chose d’adolescent dans cette remarque (non datée) consignée dans le journal de Carl de Nemidoff que voici : « Comme nous avons nous aussi dilapidé notre héritage, que nous reste-t-il, sinon cette vague idée de devoir faire avec le monde tel qu’il est ? Mais qui peut bien dire ce qu’est le monde tel qu’il est ? Quel serait donc ce monde, qui existe indépendamment de moi — c’est-à-dire : dont je ne fais pas partie — et avec lequel je dois faire cependant ? Il faut faire avec, certes. Mais quoi ? Le problème est bien là : nous ne savons plus quoi faire. ». Toutefois, n’y a-t-il pas, aussi, quelque vérité ?

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