Archives de Tag: Ludwig Wittgenstein

Journal de Paris (20.2.16)

L’ennui profond que causent en moi les écrivains qui s’occupent de l’actualité, du contemporain, frontalement qui plus est, et le ridicule dont il me semble qu’ils se couvrent sans même s’en rendre compte. Ils le clament haut et fort, et ils en sont fiers : Voici de quoi je parle !, comme s’ils s’étaient donné pour mission de sauver le monde en éclairant la conscience globale de l’humanité par l’entremise de quelque feuillets imprimés. (Quand la littérature court après ce qu’elle s’imagine être le présent, elle s’essouffle trop vite.)

Pense à l’organisation arithmétique de la bêtise dans la construction d’un plus petit dénominateur commun qui optimise les chiffres de vente et dis-toi que c’est ta culture, ton histoire qui en est la cause.

Linguistique. — « Va niquer ta grand-mère » ; c’est la deuxième fois en deux jours que j’entends cette expression et je me demande si elle est plus insultante que le classique « Va niquer ta mère » ou si elle l’est moins. Est-ce qu’à mesure qu’on remonte dans la généalogie on adoucit l’insulte — supposant qu’il est moins grave de niquer sa grand-mère que de niquer sa mère, la distance, l’écart étant plus grands et l’intimité moindre —, ou bien est-ce l’inverse — l’âge de la grand-mère étant supérieur à celui de la mère l’acte mentionné en devient plus dégradant ? Comment disait Wittgenstein déjà ? Ah, oui… Un nuage de philosophie dans une goutte de grammaire.

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Journal de Paris (23.1.16)

Il m’est incompréhensible que les gens acceptent l’atmosphère dans laquelle on leur impose de baigner, qu’ils tolèrent qu’on réduise à zéro leur imaginaire pour les contraindre à contempler chaque jour les interprétations du réel fabriquées par les spécialistes de l’opinion, les professionnels de la représentation publique, les experts d’à peu près tout. À moins de supposer, bien sûr, que les gens aiment à être humiliés.

LW poignée de porte © Bernhard Leitner

Poignée de porte de la Haus Wittgenstein © Bernhard Leitner

Les poignées de porte que Ludwig Wittgenstein a conçues pour la maison de sa sœur à Vienne. La façon dont il les concevait comme appartenant au tout organique de la maison, non pas comme un simple détail, mais comme une partie constitutive de ce tout organique. N’est-ce pas ainsi qu’il faut envisager, se représenter et conduire sa vie (le tout organique dont chaque partie est constitutive) ? Mais c’est aussi ce qui entraînera l’épuisement de tes forces vitales. La consommation de ton existence dans la recherche de la perfection de ton existence. La perfection de l’existence ne présuppose-t-elle pas avant tout sa conservation (« persévérer dans son être », par exemple) ? C’est-à-dire : son imperfection ? D’ un point de vue différent : si la perfection est invivable, est-ce qu’elle est parfaite ?

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Versions, § 108. Vie d’Elizabeth Sotomayor (9)

« Prenez Ludwig Wittgenstein, m’avait dit Elizabeth Sotomayor ce matin-là autour d’un café. Tout d’abord, vous n’y trouvez pas un traître mot d’amour. Et puis, vous lisez ses carnets : par moments, ils éclatent de sensualité (they are bursting with sensuality, avait-elle dit). » Elle se tut alors pendant quelques secondes avant de reprendre sur un ton plus inquiet : « Nous avons fabriqué un monstre philosophique alors que nous avons besoin de gens, aussi humains soient-ils. Malheureusement, je n’ai jamais été son élève. »

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