Archives de Tag: métaphysique

Journal de Paris (1.3.16)

Dans le rêve que j’ai fait cette nuit, j’observais une star internationale (un genre de multinationale unipersonnelle de l’entertainment) expliquer au bon peuple assemblé en admiration devant lui qu’il fallait sauver la planète. Tout le monde savait, ou (plus exactement) tout le monde aurait pu savoir, qu’il ne se déplaçait qu’en jet privé payé par ce même bon peuple en pâmoison, mais cela n’intéressait personne ; tout le monde voulait se souvenir de ce film dans lequel il était beau, et jeune, et qui les avait fait rêver alors qu’ils étaient encore adolescents (c’était il y a longtemps). Ainsi, rien que pour ses beaux yeux, ils voulurent sauver la planète. Mais au moment de décider par où commencer, il leur fallut admettre qu’ils n’en avaient pas la moindre idée.

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La question du sens de la vie est la seule question métaphysique : à supporter, à assumer, et à transformer.

Celui qui ne souhaite pas vivre ne révolutionnera jamais rien.

Rien n’est donné. Rien n’est écrit. Rien n’est révélé. Ne t’attends pas à une signification a priori ou a posteriori.

(NdlCR, 24-26)

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Journal de Paris (29.2.16)

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« Wie man wird » — sans objet, sans moi non plus, la vie qui devient.

Devenir est le verbe de la vie. — Vraiment ? Un peu comme si l’on disait qu’être est le verbe de la mort. Et que l’ontologie est une nécrologie.

Cela aurait-il un sens de déclarer, par exemple, que la littérature est la métaphysique de la vie, qu’elle ne cherche pas toutefois à en découvrir le sens ultime — parce qu’il n’existe pas —, mais à lui inventer toujours plus de significations, dans l’espoir qu’un jour peut-être, nous parvenions à vivre mieux ? Et c’est d’ailleurs ce qu’en effet, il faudrait exiger puisqu’une métaphysique sans espoir est vide. — Vivre mieux n’est pas un impératif collectif (comme le bonheur), mais un souhait individuel.

(NdlCR, 21-23)

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Journal de Paris (21.2.16)

Hier soir, sur le boulevard, j’ai cru entendre une voix m’appeler.

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Peu importe que la question du sens de la vie soit une question ultime ou un problème métaphysique puisque c’est une question que, quoi que je fasse, quelle que soit à proprement parler ma vie, il faut que je (me) pose. Y répondre, c’est une autre affaire. C’est d’ailleurs l’affaire d’une vie.

Y a-t-il autre chose que ma vie, une vie dans laquelle elle se dissout ou dans laquelle il est possible de la convertir ? Ou bien est-ce cela qui nous a toujours déjà précédé ? — Avant ma vie, il y avait la vie.

Il n’y a pas de révélation. — Le nier, ou plutôt l’affirmer, revient à affirmer deux choses. D’une part, qu’il n’y a pas un sens unique pour toutes les vies possibles. D’autre part, qu’il n’y a pas un sens unique pour une vie, c’est-à-dire que la vie ne saurait s’arrêter le lendemain de la révélation, il faut continuer à la vivre. Or la vivre implique la possibilité de la découverte d’un nouveau sens.

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La vie n’a pas cette forme-là.

(NdlCR, 7-10)

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Versions, § 149. Voix d’autres mondes.

En tâchant de suivre ces réflexions qui n’en étaient peut-être pas tout à fait, j’en vins à considérer que la métaphysique n’est décidément pas une affaire pour les naïfs et les rêveurs, mais que c’est une entreprise qui exige une froideur certaine et le plus grand des sérieux si l’on ne veut pas succomber aux tentations de ces voix qui nous appellent sans cesse en des lieux où nous n’avons pas notre place. J’aurais sans doute dû m’en garder — par précaution, au moins — pour ne pas me laisser tenter par ce qui, chez moi, m’appelle toujours ailleurs.

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Versions, § 147. Perplexités métaphysiques.

Nous nous comportons toujours comme si la fiction était le double de la réalité, comme si elle venait toujours après. Nous partons de ce principe (que certains ont eu le bon goût de traiter comme « un préjugé en faveur de la réalité »), duquel nous dérivons ensuite certaines vérités concernant ce qui existe et ce qui n’existe pas. Or, de la même façon qu’un supposé original est logiquement le double de son double, la prétendue réalité ne pourrait-elle pas être la fiction de la fiction ? — En me perdant dans ces perplexités métaphysiques, si je n’apercevais pas de lumière au loin, j’étais toutefois rassuré, car il me semblait ressentir à nouveau la présence diffuse et menaçante d’Osvaldo Scaremberg.

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Versions, § 93. Histoire avec un échec.

Dans L’invention de Morel, qui passe pourtant pour un chef-d’œuvre, Bioy n’a pas pu s’empêcher d’ajouter à la fin une note qui prétend expliquer le roman. Or, et même si tout semble indiquer qu’il ne s’en est pas aperçu, cette note métaphysique est l’échec de l’ouvrage qui, loin de lui conférer un sens plus profond, le renferme sur lui-même, et le nie. Preuve si l’on veut que l’échec est toujours contenu dans la réussite. Ainsi, quelquefois, alors que tout paraît conspirer au succès, ce même tout s’affaisse sous sa propre outrance, et c’en est fini de la littérature.

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