Archives de Tag: Osvaldo Scaremberg

Versions, § 150. Versions de soi.

C’est ainsi qu’en m’endormant cette nuit-là, je revis le visage d’Osvaldo Scaremberg. Malgré l’étrangeté de ses traits, qui s’était accentuée depuis sa dernière visite, je fus apaisé par cette vision. Non pas comme si je m’y voyais moi-même, je viens de le dire : le temps passant nous différions plus que nous ne nous ressemblions, mais il me semblait que ses difformités, les excroissances qui paraissaient à certains endroits de sa tête, loin d’en faire un autre moi-même dont je ne voulais pas, nous rapprochaient l’un de l’autre, comme si je pouvais voir dans cette imagination une version de soi que je n’aurais pas pu supporter dans un reflet plus réaliste.

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Versions, § 147. Perplexités métaphysiques.

Nous nous comportons toujours comme si la fiction était le double de la réalité, comme si elle venait toujours après. Nous partons de ce principe (que certains ont eu le bon goût de traiter comme « un préjugé en faveur de la réalité »), duquel nous dérivons ensuite certaines vérités concernant ce qui existe et ce qui n’existe pas. Or, de la même façon qu’un supposé original est logiquement le double de son double, la prétendue réalité ne pourrait-elle pas être la fiction de la fiction ? — En me perdant dans ces perplexités métaphysiques, si je n’apercevais pas de lumière au loin, j’étais toutefois rassuré, car il me semblait ressentir à nouveau la présence diffuse et menaçante d’Osvaldo Scaremberg.

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Versions, § 136. La vie fantastique.

Se pourrait-il que nous soyons vraiment un « roman fantastique vivant », un de ceux dont Charles Baudelaire révéla l’existence dans ses Paradis artificiels ? Ou plus précisément : que nous ne soyons pas des êtres agissants, mais que nous soyons agis — que je ne rêve pas, mais que je sois rêvé. Oh non, je ne parle pas comme ces vieilles théories métaphysiques qui ont encombré l’esprit des siècles passées. Non, c’est quelque chose de plus simple, que je pourrais formuler en une question : si je ne rêve pas d’Osvaldo Scaremberg, qui suis-je ? Suis-je encore seulement quelqu’un ? Ou bien vais-je finir par me déserter moi aussi ?

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Versions, § 135. Désertion d’Osvaldo Scaremberg.

 Depuis des nuits, je dormais sans Osvaldo Scaremberg. Peut-être que les aventures liées à ma double vie l’avaient lassées ou qu’il en avait pris ombrage. Je ne sais pas. Toujours est-il qu’il ne se manifestait plus. Et le vide entre nous grandissant, je me sentais de plus en plus seul, comme si quelqu’un me manquait, ou mieux encore : comme si tout un pan de mon imagination, qui se vidait progressivement d’elle-même, se répandait en dehors de moi sans que je puisse m’en saisir. On aurait pu expliquer ce phénomène en disant que je ne rêvais plus, mais l’on n’aurait pas même effleuré alors l’ampleur du désastre qui me menaçait si Osvaldo Scaremberg ne consentait pas à me rejoindre au plus vite.

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Versions, § 109. Secondes natures.

Je me souviens qu’au moment d’étrangler Osvaldo Scaremberg, il avait subitement ouvert les yeux. J’avais arrêté mon geste parce que, dans son regard, je ne lisais pas le reproche, mais plutôt une profonde empathie, comme s’il comprenait ce que j’étais en train de faire. Au moment où j’allais reprendre courage et en finir avec lui, il me dit : « Je sais bien qu’on ne se débarrasse pas des fictions aussi facilement qu’on le voudrait. Elles finissent par devenir une seconde nature, tout un environnement de secondes natures, en fait, duquel nous ne sortons plus jamais. »

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Versions, § 101. Sur le désintéressement.

Pour être réellement moi-même, c’est ce que je m’étais dit après mon altercation avec Osvaldo Scaremberg, il faudrait ne m’intéresser à rien et résister naturellement à toutes les sollicitations extérieures afin de déployer ma seule volonté dans le monde. Néanmoins, c’est l’objection que j’émis à cette idée, me désintéressant de tout, je ne verrais certainement plus pourquoi il faudrait que je m’intéressasse à quelque chose d’aussi dépourvu d’intérêt que moi-même.

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Versions, § 100. Tout seul.

Mais je ne pouvais pas me contenter d’un paradoxe — sans doute pour cette raison que les paradoxes finissent toujours pas devenir des vérités, c’est-à-dire que, comme toutes les vérités, ils finissent par devenir banals et ennuyeux. Pour la raison, surtout, que je ressentais le besoin d’être seul. C’est sur cette réflexion que, tout en étant bien conscient de l’absurdité de la situation, je fermai les yeux, fermement décidé à étrangler Osvaldo Scaremberg durant mon sommeil.

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