Archives de Tag: Osvaldo Scaremberg

Versions, § 150. Versions de soi.

C’est ainsi qu’en m’endormant cette nuit-là, je revis le visage d’Osvaldo Scaremberg. Malgré l’étrangeté de ses traits, qui s’était accentuée depuis sa dernière visite, je fus apaisé par cette vision. Non pas comme si je m’y voyais moi-même, je viens de le dire : le temps passant nous différions plus que nous ne nous ressemblions, mais il me semblait que ses difformités, les excroissances qui paraissaient à certains endroits de sa tête, loin d’en faire un autre moi-même dont je ne voulais pas, nous rapprochaient l’un de l’autre, comme si je pouvais voir dans cette imagination une version de soi que je n’aurais pas pu supporter dans un reflet plus réaliste.

Poster un commentaire

Classé dans Littérature

Versions, § 147. Perplexités métaphysiques.

Nous nous comportons toujours comme si la fiction était le double de la réalité, comme si elle venait toujours après. Nous partons de ce principe (que certains ont eu le bon goût de traiter comme « un préjugé en faveur de la réalité »), duquel nous dérivons ensuite certaines vérités concernant ce qui existe et ce qui n’existe pas. Or, de la même façon qu’un supposé original est logiquement le double de son double, la prétendue réalité ne pourrait-elle pas être la fiction de la fiction ? — En me perdant dans ces perplexités métaphysiques, si je n’apercevais pas de lumière au loin, j’étais toutefois rassuré, car il me semblait ressentir à nouveau la présence diffuse et menaçante d’Osvaldo Scaremberg.

Poster un commentaire

Classé dans Littérature

Versions, § 136. La vie fantastique.

Se pourrait-il que nous soyons vraiment un « roman fantastique vivant », un de ceux dont Charles Baudelaire révéla l’existence dans ses Paradis artificiels ? Ou plus précisément : que nous ne soyons pas des êtres agissants, mais que nous soyons agis — que je ne rêve pas, mais que je sois rêvé. Oh non, je ne parle pas comme ces vieilles théories métaphysiques qui ont encombré l’esprit des siècles passées. Non, c’est quelque chose de plus simple, que je pourrais formuler en une question : si je ne rêve pas d’Osvaldo Scaremberg, qui suis-je ? Suis-je encore seulement quelqu’un ? Ou bien vais-je finir par me déserter moi aussi ?

1 commentaire

Classé dans Littérature