Archives de Tag: rêve

Journal de Paris (5.3.16)

Je sais que j’ai rêvé cette nuit. Je le sais parce que je me souviens m’être dit durant la nuit qu’il faudrait que je me souvienne de mon rêve au réveil pour le pouvoir consigner dans mon journal. Ce que je sais aussi, c’est que je ne me souviens plus du rêve, mais uniquement du souhait de m’en souvenir que j’avais formulé quasi en dormant. Ou bien était-ce là le rêve vraiment ? J’ai rêvé que je voulais me souvenir d’un rêve dont je ne me souviendrais pas au réveil.

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J’ai dit plus haut que vivre était un souhait, mais il faut plutôt parler de désir, il y a quelque chose comme un élan, un appel, une pulsion. Toutefois, ce vocabulaire ne me satisfait pas. Spinoza parle de puissance d’agir, de conatus, mais s’il y a dans ce mot l’idée d’un effort, cela ne me va pas. Vivre n’est pas un effort ; — celui qui fait un effort pour vivre est déjà mort. La vie peut impliquer un effort, mais elle ne le présuppose pas.

La vie n’est pas non plus une obligation.

(NdlCR, 33-34)

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Journal de Paris (26.2.16)

Rêvé d’un fragment d’architecture. Dans un grand appartement aux murs blancs et parquet clair à grands chevrons, je pouvais voir sur les côtés du chambranle de portes reliant des pièces en enfilades, des découpes où étaient aménagées des étagères destinées à former les rayonnages d’une bibliothèque.

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Il faut être nihiliste avec ardeur pour vivre une vie digne de ce nom. En faveur de quoi, on pourrait faire valoir deux raisons :
1. le sens n’est pas donné, il est inventé ;
2. il n’y a pas un sens unique, mais une infinité.

L’exhortation à devenir soi-même est fallacieuse parce qu’elle présuppose que je me précède (à) moi-même.

Je m’invente.

(NdlCR, 14-16)

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Journal de Paris (24.2.16)

Une nuit, j’ai rêvé que je participais à une conversation animée sur la littérature et le travail. Les autres participants et moi nous trouvions dans le salon d’un grand appartement dessiné par Le Corbusier (mais, c’était clair dans mon rêve, ce n’était pas La Cité Radieuse). Je tenais un grand bâton à la main et à un moment de la conversation, je donnai un coup au plafond que j’abîmai en disloquant quatre panneaux de bois fixés par des vis qui jusqu’à présent n’étaient pas apparentes. Comme j’avais une vision très nette de l’ensemble de l’appartement dans mon rêve, je supposais qu’elles étaient apparues entre-temps. Ce détail, je le savais en rêvant, constitue un élément important du rêve, mais je ne sais pas pourquoi. Ensuite, je m’empressai de présenter mes excuses au maître des lieux. Plus tard, cependant que je le croisai à nouveau, il me reprocha de ne pas m’être excusé. Je voulus lui dire que je l’avais fait, mais je m’aperçus que ce n’était pas la même personne, même si c’était bien lui le maître des lieux et l’autre aussi. Dans le rêve, je m’en souviens encore, je ne savais pas si c’était la même fonction occupée par deux personnes à des moments différents (les personnes changeant, mais pas la fonction de maître des lieux) ou si plusieurs personnes pouvaient être maître des lieux en même temps. Je crois que je me suis réveillé au moment où je me suis rendu compte de cette identité / différence. Du moins, est-ce la perplexité quant à ces notions qui m’est d’abord venue à l’esprit en me réveillant.

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Journal de Paris (22.2.16)

Dans une salle de spectacles, un couple danse sur une musique inaudible. L’homme bat la mesure à même le corps de la femme : un temps sur la fesse droite, un temps sur le sein gauche, etc. Peu à peu, la femme, qui est nue, voit son sein saigner. Mais le couple ne s’arrête pas avant que le sang commence de couler à terre. Moment quand je me réveille. — Dans ce rêve, j’avais l’impression que c’était la fin d’une fête, décorations déchirées, etc. Mais malgré cette atmosphère de fin du monde, le couple n’était pas mort et ce n’était pas la fin de leur vie non plus. L’homme ne voulait pas faire de mal à la femme et la femme ne souffrait pas. N’est-ce pas ainsi que le mal se produit généralement ?

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Journal de Paris (19.2.16)

La force du rêve, ce n’est pas l’ensemble des significations cachées dont on suppose qu’il les recèle, mais sa capacité à faire irruption dans le monde sensible, cet espace où nous avons nos habitudes et que nous croyons bien délimité. Il a moins une dimension fantasmatique (le rêve comme image de quelque chose d’autre que lui-même) que fantastique — par laquelle il peut parvenir à produire un changement de perspective.

Ma manie de compter les signes.

Hier, après y avoir pensé longtemps — après avoir surtout pensé à chaque fois que je n’avais rien à dire —, j’ai commencé à écrire ce que je présenterais à Martigues dans La fabrique du livre de Pierre Parlant. Je m’attache à une certaine discontinuité, je laisse les choses se faire, en quelque sorte, et cela demande beaucoup d’efforts, une grande disponibilité ainsi qu’une sérieuse distraction. Maintenant que j’ai commencé, je me dis que c’était simple, qu’il fallait simplement trouver un endroit d’où partir. J’ai choisi de ne partir de nulle part, du fait que je n’ai justement rien à dire.

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Journal de Paris (18.2.16)

Rêve (raconté dès le réveil à Nelly pour ne pas l’oublier). — J’ai écrit un article sur Pascal Bruckner dans un journal et je dois le lire en présence de l’auteur. Nous nous retrouvons lui, moi et un nombre assez important de personnes dans une salle de classe qui ressemble à celle où je suis des cours d’espagnol depuis deux ans. J’ai eu des problèmes pour imprimer l’article (l’impression a le format et le nombre de pages reliées du journal dans lequel j’ai écrit l’article), mais je sais qu’il se trouve aussi dans mon ordinateur et, si cela s’avère nécessaire, je n’ai qu’à l’allumer pour le lire. J’essaie de lire l’article devant Pascal Bruckner et l’assistance, mais je n’y parviens pas. À plusieurs reprises, quand je me mets à le lire, je m’aperçois qu’il est imprimé en caractères trop petits ou bien je ne le retrouve pas dans le journal — je tourne alors sans fin le journal sur lui-même. Pourtant, je sais que je dispose de l’article dans mon ordinateur et, dans l’espoir de le calmer, je le dis à Pascal Bruckner qui s’impatiente. Mais non, rien à faire. L’article est bon, dis-je, l’article est très bon ! Pascal Bruckner se plaint de mon attitude à quelqu’un qui est une sorte d’autorité supérieure, à laquelle j’affirme aussi que l’article est bon. Plus tard, je croise à nouveau Pascal Bruckner qui a enfin lu l’article et me remercie parce qu’il l’a trouvé très bon.

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Journal de Paris (16.2.16)

Pour échapper à un crime que j’ai commis involontairement, je tente de fuir en Amérique du Sud. Dans le rêve, je pense qu’il n’y a pas d’accords d’extradition avec l’Amérique du Sud. Je me fais notamment passer pour un scientifique du nom de Jimmy Cullers. Je me suis réveillé au moment où la menace de mon arrestation se faisait plus pressante.

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C’est l’individu, la personne, le moi que je suis, qui doit parvenir à se changer, ou ne pas se changer, en tout cas faire ce qu’il entend et ce qu’il faut pour faire de sa vie un événement unique et singulier, un événement qu’il peut désirer vivre et revivre.

Les révolutions « sociales » échouent parce qu’elles ne sont jamais que partielles et que leur universalisation passe toujours par la contrainte.

On ne change pas l’individu malgré lui.

[Notes dans le Cahier Rouge, 1-3]

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