Archives de Tag: roman

(Parler de) Pedro Mayr

 

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Classé dans Littérature, Théorie

Entretien avec Fleur Aldebert, de la librairie Mollat, à l’occasion de la parution de Pedro Mayr

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Classé dans Littérature, Théorie

Versions, § 93. Histoire avec un échec.

Dans L’invention de Morel, qui passe pourtant pour un chef-d’œuvre, Bioy n’a pas pu s’empêcher d’ajouter à la fin une note qui prétend expliquer le roman. Or, et même si tout semble indiquer qu’il ne s’en est pas aperçu, cette note métaphysique est l’échec de l’ouvrage qui, loin de lui conférer un sens plus profond, le renferme sur lui-même, et le nie. Preuve si l’on veut que l’échec est toujours contenu dans la réussite. Ainsi, quelquefois, alors que tout paraît conspirer au succès, ce même tout s’affaisse sous sa propre outrance, et c’en est fini de la littérature.

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Classé dans Littérature

Paolo Sorrentino, La grande bellezza

ImageLes scènes se suivent, mais elles ne se ressemblent pas.

En haut du Janicule, un touriste japonais s’effondre. Une crise cardiaque ou une attaque de beauté. C’est vrai que c’est beau, Rome.

Sur la terrasse d’un grand appartement avec vue sur le Colisée, une fête sauvage, délirante, pas très belle. C’est vrai que c’est une ville vulgaire, Rome.

Entre ces deux scènes, aucun lien apparent. Un moment de poésie qui conduit à la mort d’un touriste japonais et un moment de vulgarité qui isole finalement le personnage principal, Jep Gambardella. De mémoire, il dit : J’étais destiné à la sensibilité, j’étais destiné à devenir Jep Gambardella. C’est une voix off, le commentaire d’une existence consacrée à la beauté, à la mondanité, une existence qui s’est toujours plus éloignée de la littérature. La littérature, c’est de cela qu’il s’agit justement. Jep Gambardella n’est pas un personnage de cinéma, ce n’est pas un héros de cinéma. Non, c’est le héros d’un roman. C’est un être de fiction hybride, un croisement entre Swann et les Bartlebys chers à Enrique Vila-Matas. Il a écrit un roman, il y a longtemps, et si son entourage lui parle régulièrement de ce roman, lui ne semble plus en avoir qu’un vague souvenir, comme de quelque chose qui a eu lieu il y a si longtemps qu’on n’est plus vraiment sûr que cela nous soit arrivé à nous, et non pas à un autre.

Jep Gambardella, c’est le héros d’un roman, et non d’un film, parce qu’il ne fait rien, il agit moins qu’il ne considère, regarde, raconte. Ne rien faire, c’est la raison pour laquelle il se tient à la frontière entre deux mondes, deux univers : la beauté et la vulgarité. La beauté de Rome et la vulgarité de Rome se trouvent réunies partout où il est. Comme cette scène entre deux mondains, une actrice qui ne veut plus jouer mais qui veut écrire un roman proustien, et un autre comédien qui lui répond avec le plus grand des sérieux que ces deux écrivains préférés sont Proust et Ammaniti. Le mondain vit certes dans le monde, qu’il fait et qu’il défait, mais surtout il l’observe, et il en fait la satire. Comme cette scène où il croise Fanny Ardant, la nuit. Il la croise, il dit son nom. Elle dit oui, et puis au revoir. Un court instant. Ce n’est peut-être pas une révélation, mais il tremble, il est ému. Même le plus grand des mondains de Rome ne peut pas se moquer de tout.

Si La grande bellezza est un roman, tout autant au moins qu’un film, c’est parce qu’il raconte un doute, une crise, le moment d’une vie quand les certitudes ne tiennent plus, quand les croyances ne portent plus celui qui les entretenait jusqu’à présent. Alors il commence de se souvenir, et si le souvenir ne balaie pas le présent – Jep Gambardella ne peut pas renoncer à sa vie de mondain –, il semble appeler une manière de vie nouvelle. C’est l’idée d’un roman à écrire encore. C’est bien cela, la vie nouvelle : écrire à nouveau ? C’est quand la vie nous échappe que nous écrivons. Nous n’écrivons pas quand tout va bien, quand il n’y a pas de problèmes, quand la vie ne nous pose pas de problèmes. (Certains le font peut-être, mais ils ne le devraient pas.) Nous écrivons quand nous défaillons devant la vie, quand la vie nous montre des failles. Ainsi des habitudes de mondain de Jep Gambardella, qui s’effondrent sous ses larmes. Ce sont des funérailles, il sait exactement quoi y faire, il l’a exposé à sa dernière conquête, se montrer au bon moment, prononcer une phrase répétée, surtout ne pas pleurer. Et il pleure. Or nous ne pouvons pas disparaître. Il n’y a pas de tour de magie, que des trucs que nous faisons encore alors même que nous semblons en avoir perdu le sens. Nous sommes là, même quand nous ne savons plus quoi y faire.

Ce que c’est que l’écriture, on a le droit de trouver cela intéressant, mais ce qui l’est sans doute plus, c’est de voir quand l’écriture apparaît, quand on se met à écrire, quand on forme le projet d’écrire. Mieux qu’une essence, le moment, les conditions de la vie qui font que nous ressentons le besoin d’écrire, ou que nous formons le projet d’écrire un livre. En fait, La grande bellezza n’est peut-être pas un roman. Il n’y a pas de formule définitive, pas de solution, pas d’épiphanie. Simplement à la fin, quelqu’un qui a écrit jadis et qui n’a plus jamais écrit depuis, parce qu’il se souvient qu’il a été ému en voyant une belle jeune femme lui montrer son amour, ne balaie plus d’un revers de la main la possibilité d’écrire.

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Classé dans Film