Archives de Tag: silence

Journal de Paris (31.1.16)

Le fait que tu croies avoir quelque chose à dire devrait d’abord te terrifier. Moins en raison de la valeur supérieure du silence que par peur de ta propre opinion.

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Versions, § 123. Risques de disparition de l’univers.

J’aurais dû comprendre plus tôt ce qu’Elizabeth Sotomayor voulait dire : que ces extrémités auxquelles notre renoncement finira par nous conduire — parce que nous souffrons trop, parce que nous n’en pouvons plus — mettent un terme à la conversation et, ainsi, interdisent la possibilité que quelque chose de nouveau ait lieu. Avec notre silence, aurais-je pu alors commenter son anecdote, c’est tout l’univers qui disparaît.

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Versions, § 31. Un problème de Carl de Nemidoff.

Qu’à tout moment, la vie puisse faire interruption dans l’art, je ne crois pas que c’est ce qui avait posé le plus de problèmes à Carl de Nemidoff, mais plutôt que la possibilité de cette interruption ne fût justement pas un problème. Aussi, ce lundi matin, quand il n’entendit pas le moindre son sortir de son clavier, il ne fit rien de particulier. Il profita simplement de l’occasion pour fermer les yeux, et rester là pendant quelques secondes. Rien n’avait changé, rien n’avait été transformé et, pourtant, quelque chose se passait.

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Versions, § 21. Sans le son.

C’était un lundi, le matin. Quelques jours plus tôt, le jeune Nemidoff avait achevé ses études au Conservatoire. Négligemment, alors qu’il appuyait de son index une touche du clavier sur lequel il avait l’habitude de s’exercer et d’expérimenter, aucun son ne se fit entendre.

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« Now that things are so simple, there’s so much to do. »

En lisant Silence de John Cage ces derniers jours, je me suis posé la question suivante : ne peut-on pas supposer que la thèse selon laquelle tout le monde peut être un artiste est une conséquence de l’indistinction entre la vie et l’art ? Et que, dès lors, ce qui angoisse le plus ceux qui s’opposent à cette thèse, ce n’est pas tant le fait que tout le monde puisse pratiquer une activité artistique que le fait que l’art ne soit plus séparé de la vie.
Dans un passage de son « History of Experimental Music in the United States », John Cage relate un dialogue assez étrange entre Morton Feldman et lui-même. Je cite :

There are people who say, “If music’s that easy to write, I could do it.” Of course they could, but they don’t. I find Feldman’s own statement more affirmative. We were driving back from some place in New England where a concert had been given. He is a large man and falls asleep easily. Out of a sound sleep, he awoke to say, “Now that things are so simple, there’s so much to do.” And then he went back to sleep.

(Silence, p. 72)

Une fois que nous avons laissé tomber la séparation entre l’art et la vie, en effet, tout le monde peut être un artiste, mais comme le dit Morton Feldman, il y a tellement à faire. En inventant des manières de composer, des façons de jouer de la musique, qui évacuent toute forme de psychologisme et permettent d’échapper à la tradition — ce qui revient, à mon sens, selon Cage, à réunir la musique, l’art, et la vie —, loin d’appauvrir nos pratiques, nos vocabulaires, et de les déclasser, nous leur donnons une nouvelle impulsion, nous rendons possible ce qui ne l’était pas auparavant.
Nous avons l’impression, parce que nous aimons spontanément les différences de nature, que si nous nous apercevions qu’elles n’existent pas — que ce ne sont pas des différences de nature, mais peut-être seulement des différences de degrés, ou qu’il n’y a pas de différences du tout —, nous deviendrions en quelque sorte impuissants. Mais, c’est exactement l’inverse. La croyance en une distinction entre l’art et la vie n’est pas de celles qui nous permettent d’être créatifs. Ce n’est pas parce qu’il y a une différence de nature que certains sont des artistes. C’est une idée inventée par les Romantiques. Mais c’est aussi une idée de poseur. C’est surtout une idée dont nous avons d’autant moins besoin qu’elle nous empêche d’être aussi libres et créatifs que nous pourrions l’être si nous nous en débarrassions définitivement, comme John Cage, parmi d’autres, a réussi à le faire. Dès lors, pour lui, par exemple, il n’y a plus de différences de nature entre la musique, la poésie, les exercices spirituels, dada, le zen, ou la mycologie.

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John Cage, Composition as Process

When we separate music from life what we get is art (a compendium of masterpieces). With contemporary music, when it is actually contemporary, we have no time to make that separation (which protects us from living), and so contemporary music is not so much art as it is life and any one making it no sooner finishes one of it than he begins another just as people keep on washing dishes, brushing their teeth, getting sleepy, and so on. Very frequently no one knows that contemporary music is or could be art. He simply thinks it is irritating. Irritating one way or another, that is to say keeping us from ossifying. For any one of us contemporary music is or could be a way of living.

John Cage, « Composition as Process », Silence

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