Archives de Tag: singularité

Journal de Paris (7.3.16)

\\\\\\\
Et si je disais : la singularité, c’est l’invention de cette vie qui est la mienne ?

Que cette vie soit la mienne ne signifie pas que je doive l’accepter comme elle est, mais que je peux en décider comme je l’entends — sans aucune contrainte, i.e. je ne me contrains même pas moi-même.

Les injonctions (« accepte-toi comme tu es », « vis ta vie », « sculpte ta propre statue », « fais de ta vie une œuvre d’art », etc.) ne sont que des apparences de libération et, en fait, des impératifs contraignants. Personne ne peut te dire ce que tu dois faire parce que personne ne vit pas vie.

Mais alors, tout ce que tu dis ou prétends dire du sens de la vie est nul, vide !

(NdlCR, 39-42)

Poster un commentaire

Classé dans Littérature

Journal de Paris (25.1.16)

Je n’ai rien à dire sur le dernier livre à la mode, le dernier film à la mode, le dernier disque à la mode. Rien. On ne m’entendra pas en parler, les commenter, en dire du bien ou bien du mal. Je pourrais supposer qu’ils existent comme des parasites, qu’ils démangent un peu, mais que la sensation désagréable qu’ils te procurent s’estompe rapidement. Je crois toutefois plus raisonnable de supposer qu’en vérité, ils n’existent pas.

Comme il te faut vivre ta vie, tu dois aussi mettre un terme au bruit médiatique, l’arrêter, cesser de commenter ce que tout le monde commente, cesser de t’intéresser à ce à quoi tout le monde s’intéresse, cesser de faire ce que tout le monde fait simplement parce que tout le monde le fait. Tu n’es pas tout le monde. Répète-toi cela avec insistance, à la manière encore d’un mantra : Tu n’es pas tout le monde. Tu es la singularité que tu inventes.

Poster un commentaire

Classé dans Littérature

Contre la colonisation de l’imaginaire

L’idée de composer un Contre la colonisation de l’imaginaire ne vient pas de l’ambition de construire une théorie ; — celle-ci ne serait guère plus qu’une vision du monde parmi d’autres. Or je ne veux pas de vision ; si je veux quelque chose, je veux voir. L’idée en est bien plutôt solidaire du désir de noter un certain nombre de choses (des remarques, des descriptions, des analyses, des rêveries, et caetera, tout ce qui peut bien s’écrire, en fait) qui pourraient donner une forme pas tout à fait floue à une manière de morale. J’emploie ce mot de morale parce qu’il s’agit de traiter de la vie et de la façon de la vivre. Si je devais résumer en trois mots cette morale, je parlerais et de la contingence et de l’imagination et de la singularité. Qu’ainsi, premièrement, nous devons trouver les moyens de vivre la contingence, pas comme si nous avions perdu quelque chose, qui serait la nécessité — nous n’avons rien perdu du tout, nous venons à peine de découvrir la contingence ; que, deuxièmement, nous devons conquérir l’imaginaire — la fiction n’est pas la facticité, mais l’outil par excellence pour inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles vies ; que, troisièmement, là où on n’a de cesse de décider à notre place de notre existence — là, c’est-à-dire : partout —, nous devons inventer notre propre vie.

1 commentaire

Classé dans Littérature, Théorie