Archives de Tag: Vadim Blanc

Versions, § 194. Abandonner Vadim Blanc.

Ce matin — est-ce parce que je n’ai pas dormi de la nuit que je suis soudain si lucide ? —, au lieu de me rendre comme tous les jours auprès de Vadim Blanc pour m’entretenir avec lui, j’ai préparé mon sac de voyage et je suis parti sans rien dire. Je ne cessais de me répéter : Laisse ce vieillard. Abandonne-le. La pensée qu’il était sans doute le plus grand écrivain secret de tous les temps m’indifférait complètement. Je ne pouvais plus me représenter qu’un vieux corps décharné d’où émanaient des paroles que je n’entendais déjà plus.

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Versions, § 192. Entretien avec Vadim Blanc (9)

Et ainsi, il faut que je vous le dise, contrairement à tout ce que vous avez pu lire à ce sujet, nous n’avons jamais fui, ma mère et moi. Tout ce qu’a fait mon père, c’est nous mettre à l’abri ici, en Suisse. Il avait tout organisé dans l’éventualité de son décès. Il avait tout prévu, parce qu’en un sens, il savait qu’il allait mourir. Et, s’il acceptait de mourir, il ne supportait cependant pas l’idée que sa famille soit une victime de la réaction en chaîne que sa mort allait provoquer si nous restions à Paris.

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Versions, § 190. Entretien avec Vadim Blanc (8)

Je suis né à Paris durant la Seconde Guerre mondiale, comme vous le savez. C’était en 1943. Mon père avait fini par trouver la mort quelques semaines auparavant, sur le Front de l’Est. J’emploie cette expression parce que, c’est ce que j’ai découvert en lisant ses carnets, il l’avait toujours cherchée. Quant à moi, si j’ai changé de nom, ce n’est pas pour échapper à cette identité, mais au contraire pour parvenir à la regarder comme on regarderait un étranger, froidement et durement. M’éloigner de mon histoire, c’était aussi, évidemment, la seule façon de l’écrire — j’entends par là : considérer le mal non seulement comme une structure innée de ma conscience, mais aussi comme un fait objectif.

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Versions, § 189. Femme bleue.

Durant toute la période que mes entretiens avec Vadim Blanc ont duré, je n’ai pas rêvé une seule fois de lui alors même que, je m’en souviens, j’avais été excessivement angoissé à l’idée de le rencontrer. Non, dans mes rêves, je ne voyais jamais qu’une femme : parfois, j’aurais pu la prendre pour une île au milieu d’une grande étendue bleue, car l’endroit où elle se trouvait me semblait infini. Mais à d’autres moments, ce même espace me paraissait très limité. La première nuit que je rêvai d’elle, je voulus l’approcher, mais je n’y parvins pas.

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Versions, § 188. Entretien avec Vadim Blanc (7)

Nous devons pénétrer au plus profond des choses, avait ajouté un peu plus tard Vadim Blanc, les voir comme si nous n’y étions pas, comme si nous en avions toujours été absents. C’est cette recherche qui a conduit les hommes à se lever et, le regard tourné vers le lointain, partir à la conquête d’un monde qui devait sembler trop grand pour eux.

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Versions, § 187. Variété de corps.

Et moi, je dois dire que je ne comprenais pas bien : j’imaginais des plumes à la place des mots, des plumes qui voletaient par petites touffes dans l’air cependant qu’un corps grave disparaissait soudain de l’horizon. Et puis, j’essayais de me représenter Vadim Blanc nu et fort, mais tout ce que je parvenais à voir, c’était un vieil homme dont un autre que moi aurait pu dire, peut-être, qu’il avait perdu la raison et qu’à présent, il divaguait.

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Versions, § 186. Entretiens avec Vadim Blanc (6)

— Mais vous ne pensez pas que l’art ait toutefois quelque rapport avec la vie ? — L’art n’a pas de rapport, dit Vadim Blanc en fermant les yeux. C’est seulement à la mort qu’on peut mesurer l’art : est-ce qu’un poème nous laisse fragile comme un oiseau tremblant sur le seuil ou bien nu et fort en face de l’ultime soleil ?

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