Archives de Tag: Versions

Versions, § 200. Paroles de mort.

Je ne dirai pas où j’ai atterri. Ni même si seulement j’ai atterri. Cela n’aurait pas de sens. On peut me considérer comme vivant. On peut me considérer comme mort. Tout ce que je sais à présent, à présent que j’ai perdu pour toujours la femme bleue et inexistante que j’aurais voulu embrasser, et baiser ses lèvres, pour toujours, et baiser son corps, pour toujours, c’est que tout ce que je dirai pourra être tenu pour les paroles d’un mort. Comme c’est romantique. Comme c’est romantique, prétendons en effet qu’il en est ainsi.

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Versions, § 199. Dans l’avion (2)

Dans l’avion, après avoir regardé mes pieds, j’ai joint mes mains sans fermer les yeux sans prier non plus, j’ai attendu l’atterrissage. J’aurais préféré que le vol dure toujours. Mais on ne choisit pas son destin. Ou bien, choisit-on son destin ?

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Versions, § 198. Dans l’avion (1)

Dans l’avion, j’ai regardé les nuages. Et le bleu illimité qui leur a succédé. Et ce bleu était le bleu où la femme inexistante baignait, elle que j’avais perdue pour toujours. Et j’ai regardé mes pieds. Et je n’ai pas fermé les yeux.

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Versions, § 197. Le premier avion.

Dans l’immobilité, j’aurais pu découvrir le bonheur. J’aurais dû. À vrai dire, je n’y ai trouvé que des crampes ou d’infinies douleurs infimes, presque imperceptibles, sensibles, cependant. C’étaient autant de façons de me montrer que je ne devrais pas être là ou que, si je ne voulais être nulle part ailleurs qu’ici, j’avais tort. Moi, entêté, j’ai d’abord serré les dents. Et puis, je me suis levé. Et enfin, j’ai pris le premier avion qui se présentait.

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Versions, § 196. Larmes inexistantes.

J’ai été réveillé par une voix qui appelait un certain M. Wilhelm Matias (ai-je bien compris son nom ?) à la porte d’embarquement numéro 17. Et moi, au lieu de le suivre et de prendre le premier avion pour n’importe où, je suis resté assis durant plusieurs heures encore. Il me semblait que j’attendais que quelqu’un vienne me chercher, mais personne n’est venu. J’ai songé que je désirais une femme qui n’existait pas, et je me suis senti vide. Je n’ai pas pleuré ; pourtant, c’est bien tout ce que je pouvais envisager de faire.

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Versions, § 195. Les lèvres de l’aéroport.

Je ne voulais pas rentrer à Paris. À l’aéroport de Genève, je m’assis simplement sur une chaise en métal ou en plastique, je ne sais plus. Après avoir passé un long moment à contempler la liste des départs prochains, je m’endormis. Dans mon rêve, je vis à nouveau la femme bleue. Elle me laissa approcher si près d’elle, que j’étais sur le point de baiser ses lèvres.

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Versions, § 194. Abandonner Vadim Blanc.

Ce matin — est-ce parce que je n’ai pas dormi de la nuit que je suis soudain si lucide ? —, au lieu de me rendre comme tous les jours auprès de Vadim Blanc pour m’entretenir avec lui, j’ai préparé mon sac de voyage et je suis parti sans rien dire. Je ne cessais de me répéter : Laisse ce vieillard. Abandonne-le. La pensée qu’il était sans doute le plus grand écrivain secret de tous les temps m’indifférait complètement. Je ne pouvais plus me représenter qu’un vieux corps décharné d’où émanaient des paroles que je n’entendais déjà plus.

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