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Journal de Paris (19.1.16)

Absolument plus aucune envie de publier. À nouveau, cette négation, qui n’est pas l’effet d’une cause unique, mais plutôt le produit d’un faisceau d’événements qui me conduisent à vouloir abandonner. Non pas l’écriture (sinon, tout ceci serait éminemment contradictoire ; or, celui qui veut maîtriser l’art de la contradiction, se doit de demeurer raisonnable), mais la publication. Ce n’est pas du ressentiment, mais plutôt une grande lassitude : que tout ceci ne soit finalement que du temps perdu, qu’une accumulation de temps perdu, alors que l’objectif que je poursuis — l’expression n’est pas satisfaisante, mais il me faut bien faire avec, pour l’instant — est ailleurs. Je veux inventer quelque chose, et je dois affronter des événements (aussi microscopiques qu’ils puissent être) qui sont tellement éloignés du désir d’invention que je n’en perçois même pas le sens éventuel. En fait, je sais qu’ils sont vides de sens, mais ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est de trouver le moyen de surmonter ce vide.

Ces défaites cycliques, dont je fais régulièrement part à Nelly (évidemment, puisqu’elles sont cycliques), font peut-être partie de moi, ou plutôt d’une manière de processus de croissance sans solution de continuité, mais qui se manifeste toutefois de temps en temps par des crises. Pourtant, en pensant à l’abandon que je viens d’évoquer, je pense sincèrement que je suis heureux. Et je le suis. Il ne s’agit donc pas de phases de dépression passagères (un peu comme des nuages qui passent dans le ciel ; j’aime beaucoup les nuages), mais d’une insatisfaction qui doit s’exprimer régulièrement. Insatisfaction ; — ce n’est qu’une description partielle du phénomène, il faudrait parler aussi de dégoût, et dire que ce dégoût n’est pas lié uniquement à la personnalité de celui qui croit regarder avec lucidité le microcosme dans lequel il évolue. C’est aussi le monde qui m’empêche de vivre.

Oh bien sûr, tu voudrais être plus fort. Mais comment le serais-tu si tu ne reconnaissais pas la nature de ta faiblesse ?

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Versions, § 166. Pluie sur les pilotis.

En haut de cet immeuble, une manière de ville sur pilotis, Ichirō Dubois avait soudain vu disparaître la mer. Est-ce à ce moment-là qu’il a voulu devenir architecte ? Ou au même moment qu’il s’est rendu compte qu’il préférait le vide aux constructions, l’air au béton ? Et que l’état de quasi-apesanteur où il se trouvait était encore trop artificiel pour réussir à transformer la façon dont les citadins conçoivent tout ce qu’ils trouvent alentour comme une dépendance d’eux-mêmes ?

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Versions, § 50. Post moderne animal triste.

Quand il se promenait parmi les ruines qui l’entouraient, le jeune Carl de Nemidoff ne pensait généralement qu’au vide ; moins à celui laissé par ces monuments détruits qu’à celui qui se pouvait trouver partout et qui, c’est ce qu’il lui semblait, l’accompagnait toujours. En éprouvait-il quelque tristesse ? Si durant ces promenades, on avait pu regarder attentivement ses yeux, on n’aurait pas su le dire.

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Versions, § 49. Toucher le vide.

Il n’y avait sans doute que la langue parfaite du XVIIe siècle pour parler, comme le fit Blaise Pascal, d’Expériences nouvelles touchant le vide. Où en détail, l’Auteur se décrivit lui-même manipulant des tubes, les plongeant dans l’eau, créant des aspirations, faisant circuler divers liquides pour montrer qu’enfin, si la nature a horreur du vide, quant à elle, la nature humaine ne répugne pas à le toucher.

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Versions, § 43. Récit de voyage avec une épouse.

À Gênes, au Cimitero di Staglieno, là où Constance Mary, l’épouse d’Oscar Wilde, est inhumée, ce qui attire l’attention du voyageur distrait, c’est l’espace autour du petit enclos qui encadre la tombe. Comme si, dans ce vide, la ville avait voulu conserver la trace de son impossible fuite.

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Versions, § 33. Traité de disparition.

En disparaissant sous les livres, ce qui est certainement le vœu le plus cher d’Enrique Vila-Matas, il me semble que nous perdrons de vue la vie, qui a certes quelque chose à voir avec la littérature, mais dont le cours s’échappe toujours des livres, et nous permet d’échapper aux livres ainsi qu’à toute la culture qu’ils portent avec eux. On me répondra qu’on ne peut pas fuir sa culture. C’est donc qu’il est moins souhaitable de disparaître que de faire le vide.

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