Archives de Tag: vivre

Journal de Paris (5.3.16)

Je sais que j’ai rêvé cette nuit. Je le sais parce que je me souviens m’être dit durant la nuit qu’il faudrait que je me souvienne de mon rêve au réveil pour le pouvoir consigner dans mon journal. Ce que je sais aussi, c’est que je ne me souviens plus du rêve, mais uniquement du souhait de m’en souvenir que j’avais formulé quasi en dormant. Ou bien était-ce là le rêve vraiment ? J’ai rêvé que je voulais me souvenir d’un rêve dont je ne me souviendrais pas au réveil.

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J’ai dit plus haut que vivre était un souhait, mais il faut plutôt parler de désir, il y a quelque chose comme un élan, un appel, une pulsion. Toutefois, ce vocabulaire ne me satisfait pas. Spinoza parle de puissance d’agir, de conatus, mais s’il y a dans ce mot l’idée d’un effort, cela ne me va pas. Vivre n’est pas un effort ; — celui qui fait un effort pour vivre est déjà mort. La vie peut impliquer un effort, mais elle ne le présuppose pas.

La vie n’est pas non plus une obligation.

(NdlCR, 33-34)

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Journal de Paris (29.2.16)

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« Wie man wird » — sans objet, sans moi non plus, la vie qui devient.

Devenir est le verbe de la vie. — Vraiment ? Un peu comme si l’on disait qu’être est le verbe de la mort. Et que l’ontologie est une nécrologie.

Cela aurait-il un sens de déclarer, par exemple, que la littérature est la métaphysique de la vie, qu’elle ne cherche pas toutefois à en découvrir le sens ultime — parce qu’il n’existe pas —, mais à lui inventer toujours plus de significations, dans l’espoir qu’un jour peut-être, nous parvenions à vivre mieux ? Et c’est d’ailleurs ce qu’en effet, il faudrait exiger puisqu’une métaphysique sans espoir est vide. — Vivre mieux n’est pas un impératif collectif (comme le bonheur), mais un souhait individuel.

(NdlCR, 21-23)

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Journal de Paris (16.2.16)

Pour échapper à un crime que j’ai commis involontairement, je tente de fuir en Amérique du Sud. Dans le rêve, je pense qu’il n’y a pas d’accords d’extradition avec l’Amérique du Sud. Je me fais notamment passer pour un scientifique du nom de Jimmy Cullers. Je me suis réveillé au moment où la menace de mon arrestation se faisait plus pressante.

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C’est l’individu, la personne, le moi que je suis, qui doit parvenir à se changer, ou ne pas se changer, en tout cas faire ce qu’il entend et ce qu’il faut pour faire de sa vie un événement unique et singulier, un événement qu’il peut désirer vivre et revivre.

Les révolutions « sociales » échouent parce qu’elles ne sont jamais que partielles et que leur universalisation passe toujours par la contrainte.

On ne change pas l’individu malgré lui.

[Notes dans le Cahier Rouge, 1-3]

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Versions, § 119. Une meilleure façon de vivre.

Quand même il ne resterait plus qu’une seule et unique chose à faire (attendre, par exemple), je sais d’expérience que certains d’entre nous continueraient quand même à tourner comme des lions en cage, chez eux, seuls, en attendant de trouver mieux — une meilleure façon de vivre. On aurait beau leur dire que cela n’en vaut pas la peine, que cela ne sert à rien (parce que la fin du monde est pour demain, par exemple), ils ne pourraient pas renoncer. On pourrait dire qu’il y a chez eux quelque chose de désespérant : même si c’est désespéré, ils ne peuvent pas cesser d’espérer.

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