Archives de Tag: work in progress

je peux fermer les yeux

je peux fermer les yeux

je peux fermer les yeux je peux aussi attendre que le mouvement s’arrête l’espace d’un instant hier n’a pas de nom propre mais marque simplement la succession de ce qui s’efforce à l’oubli ou à la fin de quoi nous nous efforçons je peux fermer les yeux et à présent je vois un autre soleil ce ne sont pas ces sons là que j’entends mais d’autres qui ne remontent jamais mais toujours semblent flotter je ne dirais pas dans l’espace de chaque instant non je dirais parfois je peux fermer les yeux

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Deux nuits chez Le Corbusier : deux dessins du Modulor

Dessin du Modulor par Le Corbusier daté du 6 janvier 1946. À cette époque, le calcul donne un homme d’une taille de 175 centimètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier daté du 6 janvier 1946. À cette époque, le calcul donne un homme d’une taille de 175 centimètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier, tel qu’on le trouve notamment dans son ouvrage Le Modulor publié entre 1948 et 1954 : la taille de l’homme est de 1,829 mètres.

Dessin du Modulor par Le Corbusier, tel qu’on le trouve notamment dans son ouvrage Le Modulor publié entre 1948 et 1954 : la taille de l’homme est de 1,829 mètres.

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Deux nuits chez Le Corbusier : devenir le Modulor

Je voudrais incarner le Modulor. Ou mieux : je vais devenir le Modulor. Une relation entre nombres en chair et en os. Je vais devenir le Modulor, rendre une suite numérique vivante, faire vivre les nombres, faire vivre les mathématiques dans la construction. En ce moment, quand je ne fais encore qu’imaginer, je suppose qu’à un moment ou à un autre, c’est ce que Le Corbusier a dû se dire : il a dû se dire que le Modulor, c’était lui, que le Modulor, c’était sans doute un rapport numérique, mais c’était surtout une personne, la forme d’une personne, le rapport entre nombres qui doit permettre d’accueillir des personnes, une construction numérique comme une suite de nombres qui doit permettre aux personnes de vivre. Le Modulor, c’est moi — ou Le Corbusier — ou c’est ce que Le Corbusier a dû se dire —, le Modulor, c’est pour nous tous.
Je me suis toujours demandé comment on pouvait standardiser les habitations, comment on pouvait vouloir standardiser les habitations. Parce que la vie, précisément, ne peut pas l’être, et qu’elle a besoin d’un cadre où ne pas être normale ? J’imagine que c’est ça qu’on a dû penser, j’imagine ainsi qu’on a dû s’imaginer qu’il devait y avoir une réponse simple au problème. Il doit y avoir une réponse simple, c’est ce qu’on a dû se dire, sans doute, comme celle-ci : il faut un cadre normal pour que nous soyons tous aussi anormaux que nous le pouvons. Mais, ce n’est pas ça. Nous ne sommes pas des êtres standardisés. Nous ne pouvons pas être des êtres standardisés ou, à supposer que nous le devenions un jour, à supposer que nous soyons tous si proches les uns des autres que nous ne puissions quasiment plus être distingués les uns des autres, il y aurait toujours quelqu’un qui ne ressemblerait à personne, et alors, alors la règle serait brisée ; nous ne serions pas des êtres standardisés.
Quand je pensais à ce livre que j’écrirais en passant quelques nuits chez Le Corbusier, je consultais les dessins du Modulor faits par Le Corbusier. C’était une règle, certes. Mais en regardant bien, en faisant des comparaisons rapides, sans même s’y plonger complètement, mais en rêvassant plutôt, en imaginant ce moment quand je pourrais quitter Paris pour quelques semaines seulement (seulement quelques semaines, c’était déjà beaucoup, le mois de juillet approchait, et il pleuvait toujours à Paris), et passer quelques jours à Marseille, à l’hôtel de l’Unité d’Habitation de Grandeur Conforme, on voyait que les représentations du Modulor n’avaient pas toujours été les mêmes. Ainsi, tandis que le dessin achevé du Modulor montrait un homme mesurant précisément 1,829 mètres de haut, un dessin daté du 6 janvier 1946 et signé par Le Corbusier le représentait ne mesurant que 175 cm. Dès lors, on ne pouvait que se rendre à l’évidence, la règle elle-même, fût-elle d’or, avait changé au fil des années.

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Deux nuits chez Le Corbusier : il faut vivre

Il faut vivre. C’est une affirmation. Elle peut paraître idiote, c’est vrai, mais c’est souvent comme ça. Et je l’énonce à nouveau. Il faut vivre. C’est ce que j’affirme même si on trouvera peut être ça idiot. Il faut vivre, c’est-à-dire aussi : il faut laisser les choses se faire, il faut laisser les événements arriver, comme on pourrait dire dans un autre langage : il faut laisser faire, laisser passer, laisser aller. Ce qui doit être écrit le sera. Non, ce n’est pas exactement ça. L’écriture, c’est la contingence même, comme la vie. Alors, presque nécessairement, mais pas tout à fait, l’écriture et la vie doivent finir par se rencontrer d’une façon une d’une autre, à un moment ou à un autre, sinon c’est qu’il n’y a rien, et sans doute rien à vivre non plus. D’une façon ou d’une autre, on finit toujours par vivre quelque chose qui nous permet d’écrire ce qu’on avait à écrire. C’est comme ça, ça ne s’explique pas forcément — il vaut sans doute mieux ne pas l’expliquer du tout. On passe des semaines à chercher une idée, à chercher une forme, on passe des semaines à chercher quelque chose à dire. Et puis, ça arrive, comme ça, comme ça doit toujours arriver : on l’avait eu sous les yeux pendant si longtemps, mais ce n’était pas encore le moment, ce n’était pas encore le moment de le vivre, ce n’était pas encore le moment de l’écrire. Ça avait été là si longtemps, mais on n’avait jamais su quoi en faire, d’ailleurs, on n’avait jamais même eu l’idée de simplement en faire quoi que ce soit. Il avait fallu partir loin et attendre quasiment dix ans pour penser enfin en faire quelque chose. Il fallait simplement que le temps soit bon.

En quelque vingt années passées à Marseille, je n’ai jamais mis les pieds à La Cité Radieuse. Je passais devant sans même la voir. J’aurais pu m’y intéresser, mais l’idée ne m’en était jamais venue. J’avais vécu comme bon nombre de marseillais — la plupart, c’est ce que je suppose — en pensant sans le dire, et sans même le savoir en fait, que c’était une maison de fou, et finalement ne la regardant qu’à peine.

Mais ça, c’était il y a longtemps déjà. Avant de passer tout ce temps loin de Marseille. Avant de passer tout ce temps loin de la mer. Maintenant que j’envisageais sérieusement de retourner près de la mer, j’imagine aussi que les choses changeaient en suivant de changement le lieu. Enfin, c’est ce que je suppose à présent. Je n’en sais rien. Je pourrais continuer et perdre mon temps à essayer de savoir pourquoi j’ignorais cette radieuse cité jadis alors que maintenant je m’y intéresse. Ce serait de la psychologie. Ce serait une perte de temps. Je veux faire autre chose. Je veux habiter cette radieuse cité. Je veux m’y sentir chez moi, ne serait-ce que quarante-huit heures durant. Ne serait-ce que deux nuits durant. Deux nuits chez Le Corbusier, ce n’est peut-être pas très long, mais on doit pouvoir commencer à y sentir quelque chose, on doit pouvoir commencer à y comprendre quelque chose. Pas quelque chose de technique, quelque chose de senti, de vécu, mais pas une archiphénoménologie, je ne sais même pas ce que ça veut dire. Je voudrais être dans l’espace en écrivant. Et rester dans l’écriture dans l’espace, ne jamais sortir de l’espace. Ou mieux : dépasser les limites entre les espaces, dépasser les limites entre l’intérieur et l’extérieur. Ces limites, Le Corbusier les dépassent, l’intérieur s’ouvre au dehors, et l’extérieur est là, tu le touches, tu le vois, à l’horizon. Et l’horizon, c’est à la portée de la main.

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Deux nuits chez Le Corbusier : de passage

Sur le toit-terrasse de le Cité Radieuse, qu’est-ce qui se passe ? Il y a ces quelques photographies que je prends. Il y a cette fille que je ne connais pas, et qui prend le soleil, en maillot de bain. Il y a cette autre fille que je connais, qui arpente le toit cependant qu’elle tourne autour en des manières de ronds, elle, qui regarde autour, elle aimerait tout embrasser d’un regard. Elle en parlerait mieux que moi. Mais non. Elle fait mieux que moi : elle ne parle pas — elle regarde.

Depuis que je suis dans cet appartement loué pour deux jours, une chambre d’hôtel en fait, dans cette Cité Radieuse, j’ai moins écrit que dans les semaines qui ont précédé ma venue ici. Je suis là. Oui, c’est un fait. Je suis muet (ou presque), c’est un autre fait. J’aimerais dire quelque chose d’intelligent, mais plus j’essaie et plus je recule. C’est quasiment un mouvement naturel. Et d’ailleurs, j’ai l’impression de tomber, j’ai l’impression d’avoir le vertige — j’ai vraiment le vertige. Entre le huitième et le neuvième étage, je tombe, je plonge, je ne sais plus où je suis, je ne sais plus où je vais, le monde est à perte de vue, mais le monde, ça n’existe pas, bien sûr. Il n’y a pas de monde, il n’y a que l’espace entre le bâtiment et le paysage, entre la construction et l’environnement.  Autour de moi, je ne sais pas si c’est la même chose, il n’y a pas le monde, il y a Marseille. Est-ce aussi sûr ? Est-ce aussi sûr si je suis à Marseille et non au centre du monde ? Au centre d’un monde moderne qui a commencé de prendre forme au siècle dernier et que j’essaie à présent de suivre du regard, au moins du regard, à commencer par le regard, à supposer que le regard nous suffise.

Non, le regard ne me suffit pas. Je suis là. Je prends quelques mauvaises photographies dans la chambre que nous louons Nelly et moi ainsi que sur le toit-terrasse. Je ne me pose pas la moindre question. J’essaie simplement d’être là quelques minutes de plus. Je ne suis pas là. Je fais semblant d’être là. Je ne vis pas ici. J’essaie de vivre ici. Nous allons à la plage. Nous garons notre voiture. Nous prenons l’ascenseur. Nous montons sur le toit. Nous nous couchons dans notre lit. Nous vivons ici. Et pourtant, je ne vis pas ici. Je prétends que je vis ici. Je ne suis pas d’ici. Je ne suis plus d’ici. Désormais, je suis de passage.

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Deux nuits chez Le Corbusier : ombre volume espace lumière à la Maison La Roche, Paris

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

© Jérôme Orsoni

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Deux nuits chez Le Corbusier (24, rue Nungesser et Coli, Paris)

le bureau de Le Corbusier dans son appartement-atelier du 24 N.C. © Jérôme Orsoni

Le bureau de Le Corbusier dans son appartement-atelier
© Jérôme Orsoni

espace de rangement dans la cloison séparant l'atelier de l'espace bureau © Jérôme Orsoni

Espace de rangement dans la cloison séparant l’atelier de l’espace bureau
© Jérôme Orsoni

Vue du séjour : le polychrome et Paris © Jérôme Orsoni

Vue du séjour : le polychrome et Paris
© Jérôme Orsoni

triangle vert dans la cloison du séjour © Jérôme Orsoni

triangle vert dans la cloison du séjour
© Jérôme Orsoni

cheminée et ciel sur le toit-terrasse © Jérôme Orsoni

cheminée et ciel sur le toit-terrasse
© Jérôme Orsoni

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